The Caller, le temps et la violence

Réalisé par Matthew Parkhill en 2011, The Caller nous conte le quotidien oppressant de Mary Kee (interprétée par Rachelle Lefevre), une femme franchement divorcée d’un homme violent du nom de Steven (Ed Quinn), qui se retrouve confrontée à des événement surnaturels plus qu’inquiétants lorsqu’elle emménage dans son nouvel appartement. Son téléphone vintage à ligne fixe se met alors à sonner au milieu de la nuit. Une mystérieuse voix de femme se fait entendre à l’autre bout de l’appareil… Son nom est Rose Lazar et elle dit venir du passé. Grâce au scénario fantastique de Sergio Casci, ce drame social transporte rapidement son public dans une horreur temporelle, là où se forge toute l’originalité de ce film. Bien qu’au début du métrage The Caller nous fait hésiter entre des hallucinations causées par la pression ressentie par notre protagoniste ou encore des apparitions fantomatiques qui hanteraient l’habitation, c’est un cadre de science-fiction qui s’annonce peu à peu en nous donnant goutte à goutte les clés du mystère.

Et tandis que Mary semble déjà au bord du gouffre à cause de la séparation tendue avec son mari, colérique et violent, elle se retrouve au sein d’un jeu malsain de paradoxes temporels orchestré par Rose, une vieille dame un peu psycho à la recherche d’ami·e·s et qui à l’autre bout du fil tient un discours délirant. Triangle (Christopher Smith, 2009) avait déjà mis en scène l’inquiétante étrangeté qui se distille au travers des lignes temporelles en un thriller surnaturel déboitant mais The Caller va encore plus loin dans l’angoisse avec la prise au piège de notre héroïne principale par une bourrelle cinglée prête à s’attaquer aux proches de Mary dans le passé et ainsi transformer drastiquement son présent. De nouvelles lignes temporelles voient alors le jour au fur et à mesure que Rose s’attache à sa nouvelle « amie ». Passant ainsi de harcèlement en harcèlement, Mary cherche tant bien que mal de sortir la tête hors de l’eau. Elle trouve en John Guidi une oreille attentive. Interprété par Stephen Moyer (le charismatique Bill de la série True Blood), il revient dans un rôle de protecteur. Mais bien que dissuasif envers les intrusions de Steven dans la vie de sa future ex femme, l’homme se retrouve totalement inefficace contre les manipulations temporelles de Rose.

Le suspens monte rapidement en grade et plus les conséquences des actions de Rose dans le passé deviennent palpables dans le présent, plus le sentiment d’oppression se fait virulent. Dans The Caller, on étouffe, on s’inquiète et on souffre aux côtés de son héroïne principale. Avec un scénario intelligent et bien amené, des cadrages intimistes et angoissants ainsi qu’une bande sonore efficace, ce film offre une angoisse horrifique montant crescendo au sein du décor lugubre et sombre qu’est son nouvel appartement. Le voile entre le passé et le présent s’effiloche doucement dans un climat de terreurs nocturnes et de sonneries veillottes.

La tragédie y est psychologique : entre la peur de se faire tuer par son ancien compagnon, le harcèlement téléphonique de Rose, son adaptation à sa nouvelle habitation et les changements mémoriels et physiques dus aux actions perpétrées en 1979, c’est bien seule que Mary doit faire face. Seule mais multiple : la petite Mary du passé et la jeune femme du présent s’uniront afin de se débarrasser définitivement des fantômes du passé. Plusieurs thématiques se mélangent alors à la perfection entre traumas psychologiques, les violences faites aux femmes et les répercussions liées à ces sévices.

Car c’est bien quand Mary avoue à Rose qu’elle aurait dû se débarrasser de son mari dès le début qu’elle coupe psychologiquement le lien qui l’unit à son ex mais c’est aussi cette phrase qui inspirera Rose pour son premier meurtre… Un cycle de violence débuté bien avant le début du film (avec la brutalité de Steven mais aussi les événements tragiques de 1979) qui se répercute dans la vie quotidienne de Mary. Cette dernière se retrouve une nouvelle fois à tester différentes techniques : amicale, distante, implorante, ferme ou colérique. Aucune discussion n’est pourtant possible. Ni avec son ex conjoint ni avec cette vieille dame mystérieuse. Des relations d’autant plus toxiques qu’il est nécessaire de les couper au plus vite. Le téléphone n’est pas le centre de l’intrigue comme on pourrait le percevoir de prime abord, il n’est que l’outil qui relie Mary à ses souffrances. Loin d’un simple thriller de mort en ligne, The Caller possède une dimension fantastique qui rehausse l’intérêt du public et le tient en haleine jusqu’à un final anxiogène !


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