Cobra : la vie de Marion

En 1986, Sylvester Stallone sort des cartons successifs de Rambo II (Georges Pan Cosmatos) et Rocky IV (Sylvester Stallone). L’étalon italien est alors le roi du pétrole et a les coudées franches à Hollywood pour faire à peu près tout ce qu’il veut. Flashback. Lors de la production de Le Flic de Beverly Hills (1984), Stallone est envisagé pour y tenir le rôle principal (qui sera finalement décroché par Eddie Murphy). L’acteur décide alors de remanier le script à sa sauce, le rendant beaucoup plus violent et sombre que dans sa version originale. Ce scénario ne sera cependant pas adoubé par la production et l’acteur se verra écarté du projet. Qu’à cela ne tienne, notre homme le ressortira du tiroir deux ans plus tard pour en écrire la version qui sera utilisée pour Cobra.

Pour mettre en scène ce polar musclé, Stallone fait appel à son compère George Pan Cosmatos, aux commandes du succès intergalactique Rambo II un an plus tôt. À l’aise dans les scènes d’action, sachant mettre en valeur son interprète principal, Cosmatos optera pour une mise en scène à l’opposé de son plus célèbre fait d’arme. Exit le CinemaScope, au-revoir la photographie léchée de Jack Cardiff, place à l’expérimentation et à une ambiance très glauque voire dérangeante. Pour raconter cette histoire d’un flic pourchassant un tueur en série (à moins que ce ne soit l’inverse…), le cinéaste va user et abuser de décadrages et de lumières traduisant l’atmosphère poisseuse et déliquescente d’un Los Angeles en proie à une secte adepte d’un monde nouveau dans lequel il faut que « les faibles meurent afin que les forces survivent« . Plaçant son récit en pleine période de Noël, Stallone accentue le malaise ambiant en faisant éclater la violence dans un cadre propice à la paix. Ainsi, qu’il s’agisse d’un sapin décoré ou d’un Père Noël, les éléments constitutifs de cette fête de fin d’année se verront systématiquement pervertis par le sang et la mort. À l’image de la scène inaugurale dans laquelle le client d’un supermarché s’écroulera dans un sapin de Noël, abattu dans le dos par un preneur d’otages.

Poussant à fond les potards de la violence et de la justice expéditive, Stallone et Cosmatos alignent des scènes d’action aujourd’hui devenues cultes (terme galvaudé mais totalement adapté en l’espèce) : prise d’otages citée plus haut, policier aplati comme une crêpe contre une cage d’ascenseur, auto-mutilation, empalement, tout y passe ou presque. Le tout agrémenté d’une superbe poursuite en voitures (avec notamment la propre Mercury de Stallone), dans laquelle les véhicules s’adonnent à une véritable séance de saute-moutons jubilatoire.

Bien entendu, à l’instar de Clint Eastwood à l’époque de L’Inspecteur Harry, Stallone se fera taxer de fasciste par les bien-pensant·e·s et les individus fâcheux, ces derniers ayant bien souvent tendance à confondre fiction et réalité. Alors certes, l’acteur-scénariste n’y va pas avec le dos de la cuillère dans son discours populiste, certes, il pousse l’aspect caricatural de son personnage à l’extrême (allumette au bec, pizza coupée au ciseau, lunettes de soleil fumées…), tout en essayant de casser paradoxalement cette image de gros dur en l’affublant d’un prénom féminin : Marion. Car oui, Cobra et Marion ne font qu’un, le premier s’évertuant à cacher le second. Trait psychologique faiblard s’il en est, il participe pourtant au caractère iconique du personnage principal.

Pur film des années Reagan, efficace de bout en bout, régressif jusqu’au point de rupture, Cobra s’impose comme l’un des fleurons du film d’action des années 80. Et comme le scande Jean Beauvoir dans l’inoubliable tube de la bande originale : Feel the heat ! En période hivernale, ça réchauffe.


Un commentaire sur “Cobra : la vie de Marion

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  1. Excellente analyse, qui m’incite à revoir cet inenarrable Cobra qui impressionna mes jeunes années. Reste que le film est quand même reaganien pur jus, et ce n’est pas ce recours au prénom Marion qui changera quoi que ce soit. Marion, c’est aussi le prénom de John Wayne, et je pense que la référence vient directement de là.

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