L’Étrange Festival de Clermont-Ferrand, un évènement arverne sanglant et jouissif

Il faut le dire, le cinéma de genre français ne s’est jamais aussi bien porté que depuis ces dernières années, on assiste en outre à une myriade de nouveaux festivals tous aussi intéressants les uns que les autres, rassemblant des milliers de fans venu·e·s célébrer le cinéma de l’outrance, de l’interdit, de la transgression, mais surtout de la liberté. La cité arverne de Clermont-Ferrand ne fait pas exception à la règle car avec le très célèbre Festival du court métrage vient s’ajouter depuis maintenant 5 ans un événement qui attire de plus en plus de public à chaque édition : L’Étrange Festival (à ne pas confondre avec le festival du même nom qui se déroule sur Paris !). Ce tout jeune festival a fêté tout récemment, durant le mois de novembre, sa cinquième édition, qui fut un succès plaisant comme ont pu le confirmer les organisateurs de l’association « La Boite Noire » en charge de ce festival ! Et il faut le préciser, quelle édition ! Cette année, les amateurs et amatrices de frissons et d’émotions ont pu profiter d’une sélection de films pendant 6 jours, du 11 au 17 novembre ! La semaine fut bien remplie en termes de propositions horrifiques, entre vieux souvenirs, nouveautés dérangeantes et propositions artistiques déroutantes, l’Étrange Festival nous a fasciné·e·s, surpris·es mais surtout touché·e·s ! Au cours de la semaine, Three Mothers Films a pu assister à une programmation minutieusement choisie et brillante de par son éclectisme.

Amuse-bouche !

La soirée d’ouverture du festival s’est déroulée sous les projecteurs des films d’animations, une occasion de mettre en avant ce pan trop souvent boudé du cinéma. L’événement a commencé par la diffusion du court-métrage Cambouis réalisé par Gregory Robin et Marc Brunier-Mestas qui ont également participé à un temps d’échange convivial avec le public, une occasion d’en connaître plus sur l’approche expérimentale de ce court-métrage complètement fou ! Cependant le plus gros de la soirée restait à venir, avec la diffusion de Unicorn Wars de Alberto Vasquez, un film particulièrement attendu tant la réputation de cet artiste dans le domaine du cinéma d’animation engagé, au travers de ses œuvres sombres et nihilistes, n’est plus à présenter ! L’œuvre se révèle d’ailleurs à la hauteur de nos attentes, entre une beauté esthétique enfantine et un sous texte anti-guerre, Unicorn Wars fut un véritable trip sous acide, décalé mais percutant !

Science et sexe fiction

De part et d’autre de sa programmation ambitieuse, le festival a également pris le temps de nous parler et cela dès son deuxième jour de programmation de science-fiction, mais aussi de sexualité. Ce fut donc avec grande impatience que nous pûmes découvrir Zeria de Harry Claven, film d’animation belge sorti en 2020, trouvant son originalité au travers de ses marionnettes à l’humanité déconcertante, nous proposant un récit aussi bien touchant qu’horrifique sur l’effet du temps, et sur sa fugacité, reléguant l’humain·e au rang de simple arrière-plan futile. Cette épopée philosophique fut suivie d’une petite séance détente à travers  R100 (2013), film japonais de Hitoshi Matsumoto. Cette petite comédie dramatique nous offre un regard absurde et absolument grotesque sur les limites du fantasme par la mise en scène d’une sexualité assouvie par un étrange club BDSM, Hitoshi Matsumoto vient ici bousculer les codes moraux stricts d’une société japonaise outrancièrement consumériste et moraliste, avec une aisance remarquable qui fait de cette petite réalisation une véritable pépite d’humour grinçant et sans filtre !

De vielles branches !

L’Étrange Festival de Clermont-Ferrand n’est pas que le cinéma de la découverte et de la nouveauté, c’est aussi le festival de la mémoire et du souvenir, et quoi de mieux pour prouver cela que d’inviter autour d’une soirée spéciale, le célèbre Fabrice du Welz ! Ce dernier a fait l’honneur de se déplacer jusqu’à la Capitale auvergnate pour venir ressasser quelques vieux souvenirs incarnés par la diffusion lors de cette soirée de Calvaire (2005) et de Vinyan (2008). Notons un détail non négligeable : Vinyan fut projeté en 35mm et en argentique, l’occasion de s’imprégner d’une image riche qui s’accorde parfaitement avec l’esprit du film. La soirée fut l’occasion de revenir sur le parcours du réalisateur, ses passions premières mais également sur les coulisses de tournage de ces deux métrages. Entre anecdotes techniques, rapport avec les acteurs et les actrices, influences cinématographiques et dissection symbolique de son œuvre général, Fabrice du Welz a échangé une tranche de passion avec un public qui s’est révélé au rendez-vous et qui a accueilli ce dernier avec une grande joie, l’occasion pour celui-ci de voir l’influence que son cinéma peut avoir dans l’Hexagone !

Tentaculement votre !

Une autre soirée spéciale fut organisée par l’Étrange Festival et elle n’a pas échappé aux plus grands fans de Cthulhu puisqu’il s’agit d’une rétrospective H. P. Lovecraft durant laquelle deux films furent projetés. The Call of Cthulhu (Andrew Leman, 2005), un moyen-métrage de 47 minutes qui base sa réalisation sur la reproduction d’un film des années 20 afin de coller au mieux à l’ambiance et aux sentiments que Lovecraft voulait transmettre dans son œuvre torturé et cosmique. L’approche peut d’ailleurs être comparée avec l’excellentissime The Whisperer in Darkness (Sean Branney, 2011) qui reproduit également le même procédé de réalisation même si le côté expressionniste du film de Leman ne se fait pas vraiment sentir. La veillée a ensuite continué avec Die Farbe de Huan Yu sorti en 2010 , un long-métrage allemand qui fête d’ailleurs cette année ses 12 ans, une belle adaptation de La Couleur tombée du ciel, basant sa réalisation sur du noir et blanc hyper stylisé et qui accentue au travers de sa narration une ambiance onirique puissante ! Cette séance-là s’est d’ailleurs déroulée en présence du réalisateur qui, au cours d’un échange avec le public, a pu revenir sur son parcours professionnel, mais aussi sur son expérience dans le monde du cinéma en général, dévoilant un cinéaste plein de projets mais surtout de talent !

Les coups de cœur sanglants !

Ce qui est frustrant avec les festivals en général c’est qu’on ne peut pas tout voir, mais cette amertume est vite compensée par les coups de cœur qu’on accumule au fil des visionnages, et L’Étrange Festival n’échappe pas à la règle, et même si je n’ai pas pu tout visionner, je dois dire que de nombreux films m’ont marqué ! Parmi les pépites que j’ai pu extraire, Masking Threshold s’impose comme un titan du cinéma de genre, cette proposition autrichienne de Johannes Grenfurth flirte avec un cinéma expérimental impressionnant de techniques. Se concentrant surtout sur un montage à base d’images d’archives, ainsi que sur la voix de son acteur principal dans un semblant de vidéo filmé à la mode unboxing ou DIY, Masking Threshold surprend son public en proposant un film de body horror progressif et complètement schizophrène ! L’autre coup de cœur de Three Mothers Films réside dans l’hypnotisant Nos Cérémonies de Simon Reith, une proposition de film de vampire à la française, complètement envoûtante ! Avoir assisté à l’avant-première de ce métrage à un tel festival est une expérience qui marque tant Simon Reith joue avec les frontières du cinéma de genre en découpant son film de manière à laisser un sentiment de flottement onirique à son public. « Un film sur l’amour et sur la jeunesse, sur le pouvoir destructeur de l’amour » d’après les mots du réalisateur, et je dois dire qu’on est face à un ovni du cinéma français qui arrive à offrir un récit où la nostalgie et le deuil fusionnent pour évoquer la fuite du temps et l’éphéméride de la vie au travers d’un casting sauvage à la sincérité touchante et infantile ! Le film fut suivi d’un échange vivant et passionnant avec l’artiste qui a pu nous présenter la genèse de l’œuvre, sa vision de l’acting, mais également son rapport touchant au cinéma de genre ! Et comment parler de nos coups de cœur sans évoquer le tant attendu Megalomaniac, une des innombrables réalisations de Karim Ouelhaj, auteur aussi talentueux que prolifique. Faisant encore la tournée des festivales et des récompenses, j’ai eu l’occasion de voir une œuvre aussi dérangeante que brillante, dans laquelle la saleté joue avec une poésie macabre dans ce thriller psychologique expérimental, sans filtre et totalement occulte. Cette brutalité fut rappelée sans cesse par l’équipe du festival qui mirent en garde contre la frontalité d’une telle œuvre, le visionnage n’a pas manqué de provoquer quelques départs au sein du public, mais de manière général le film fut reçu de manière plutôt unanime !

Un programme qualitatif, des invités nombreux, des expériences marquantes, l’Étrange Festival est un rendez-vous qui cette année a su se surpasser pour proposer des projections nombreuses, permettant de rassembler pendant toute une semaine plusieurs cinéphiles et cinéastes dans la capitale du Puy-de-Dôme. S’il n’est pas encore le PIFF ou bien FEFFS, L’Étrange Festival s’impose comme un sérieux pilier pour les fans de cinéma de genre pour les années à venir, et est donc à surveiller de très près !


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