Tim Despic, le compositeur de la musique du film Fall

Imaginez-vous au début du 20ème siècle, plongé·e·s dans le noir, en train de regarder cette nouvelle invention qu’est le cinéma alors qu’un moteur d’avion (le projecteur) fait un vacarme pas possible juste derrière vous. Flippant, non ? Très vite, les réalisateurs et producteurs ont eu l’idée de rajouter de la musique au film afin de rassurer le public.

Au tout début, ces partitions musicales, écrites spécifiquement pour le septième art, n’étaient qu’un support à l’œuvre visuelle. Cette fonction de simple accompagnement amènera le compositeur Igor Stravinsky à la comparer à du « papier peint ». Pas cool.

Mais rapidement, elle devient utile et participe au récit, au-delà de son simple apport esthétique.

Faisons un petit bond en avant et parlons d’un certain John Williams. Ses quelques notes dans Les Dents de la mer de Spielberg sont à elles seules un élément angoissant du film. Le thème musical devient un leitmotiv induisant l’appréhension. Thème qu’il est convenu de ne pas chantonner quand on se baigne en eaux profondes. Cette collaboration Spielberg-Williams est un exemple parmi tant d’autres fantastiques et fructueuses (Burton/Elfman, Nolan/Zimmer, Leone/Morricone, Cameron/Horner, etc.) Pour faire un grand film, il est désormais quasiment convenu qu’il faut une grande musique.

En visionnant le film Fall (Scott Mann, 2022), j’ai été bluffé par la bande originale, que je vous invite à découvrir. Je vous invite d’ailleurs aussi à regarder le métrage, bien sûr, qui est un survival plutôt sympathique et haletant. Le compositeur de la musique du film, Tim Despic, a accepté de répondre à mes questions :


Bonjour Tim ! Tout d’abord, est-ce que le compositeur fait en fonction du film ou au contraire, le film (et son montage) fait en fonction de la musique ?

Habituellement, le compositeur écrit pour le film même si ce dernier peut être modifié pour s’adapter à un morceau de musique. Dans le cas de Fall, j’ai composé plusieurs thèmes tout en réfléchissant au concept du film, puis j’ai ensuite réécrit ces thèmes en regardant le film spécifiquement pour qu’ils s’adaptent à l’image.

De multiples instruments (un orchestre entier) sont utilisés pour la bande sonore d’un film. Le compositeur doit-il savoir tout jouer ?

Un compositeur ne doit pas nécessairement être capable de jouer de tous les instruments, mais il doit savoir comment ils sont joués et comment écrire pour eux.

Par exemple, l’alto s’écrit en clé d’alto, il faut donc en tenir compte lorsqu’on écrit pour lui. De même, certains registres ou clés fonctionneront mieux ou seront plus faciles à jouer sur certains instruments que sur d’autres. Chaque instrument a son point sensible et il est important de le savoir dans un arrangement. Par exemple, une note aiguë sur un violoncelle sera plus percutante que si la même note est jouée sur un alto. Ainsi, même si un compositeur ne sait pas jouer de tous les instruments, il doit comprendre comment ils sont joués.

Est-il compliqué de décliner un thème autour des différentes ambiances d’un même film ? De s’accorder avec les moments d’action, de tristesse, de suspense, etc.

Personnellement, j’aime pouvoir prendre un thème initial, le modifier et le réécrire pour des scènes aux sensations différentes. Oui, cela peut être compliqué s’il ne s’adapte pas facilement, mais décliner ce thème peut lui donner un tout autre sens. Si je me souviens bien, je suis presque sûr que le thème principal a été réarrangé du mode lydien* au mode dorien* ainsi qu’au mode éolien* pour différentes scènes selon les émotions.

(NDLR : Les modes lydien, dorien et éolien sont des styles de gammes qui, selon comment elles sont jouées, confèrent au morceau une ambiance apaisante, positive ou au contraire angoissante et négative.)

Comment s’est déroulé le processus de création pour la musique de Fall ?

J’ai commencé par regarder une fois un premier montage du film, puis je me suis éloigné de tout ce qui était visuel. Je me suis assis à un piano pendant quelques jours, sans aucun écran à proximité. Je me suis contenté de retrouver l’essence de ce que j’avais ressenti lors de ce visionnage et de jouer du piano avec cette idée en tête. De nombreux thèmes sont nés de cette expérience et ont été transformés en arrangements en studio. Les éléments de ces compositions ont été les points de départ de l’écriture de répliques spécifiques à l’image.

Question bonus : avez-vous le vertige ?

Je pensais que c’était un peu le cas, mais j’ai l’impression que la plupart des gens semble en souffrir bien plus que moi, quand je vois leur réaction à Fall !


Tim Despic : Tim Despic est né à Montréal. Il a reçu une formation classique de pianiste dès son plus jeune âge et est retourné à l’université pour obtenir une maîtrise en technologie musicale créative à l’université de Newcastle. Il est multi-instrumentiste et se spécialise dans les orchestrations traditionnelles agrémentées de paysages sonores acoustiques et électroniques contemporains. Il cite Bernard Herman, Danny Elfman et Scott Walker parmi ses principales influences.

Fall : Traumatisée par la mort de son mari lors d’un accident de varappe, Becky a perdu goût à la vie. Constamment à la recherche de sensations fortes, son amie Hunter la convainc d’escalader avec elle une tour de télécommunication désaffectée, située en plein désert et mesurant plus de 600 mètres. Mais la structure est vieille et fragile et elles se retrouvent coincées tout en haut de la construction, sans ressources et sous un soleil dévorant… L’expérience ultime ne fait que commencer…


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