Luz: The Flower of Evil et l’aliénation psychologique

Le cinéma de genre colombien s’il n’est certes pas le pan le plus connu dans le monde du septième art ne doit pas pour autant être pris à la légère, Luz: The Flower of Evil (2020) nous le démontre parfaitement à travers ses approches thématiques profondes et le soin minutieux de sa réalisation. Réalisé par Juan Diego Escobar Alzate qui signe ici son premier long-métrage qui dévoile de nombreux atouts !

Les premières minutes donnent déjà le ton et surtout les influences du réalisateur qui place son film dans un décors bucolique à la manière d’un conte filmique que pourrait réaliser Guillermo del Toro, mais également teinté de couleurs chatoyantes, presque psychédéliques, nous renvoyant directement aux travaux de colorimétrie de Jodorowsky. Ainsi c’est dans un cadre largement pastoral, naturel et accueillant que Juan Diego vient immiscer sa narration, mais il ne faut point se laisser troubler par la beauté touchante des décors, il est en réalité une façade venant contraster avec les personnages qui y évoluent. On suit en outre une communauté religieuse dirigé par un gourou nommé « El Señor », ce gourou instille au sein de ce cadre authentique une foi artificielle où il invente ses anges, ses vierges et ses prophètes.

Il est donc intéressant de constater ici que le réalisateur insiste particulièrement sur la réflexion que les différents personnages entretiennent avec la foi, le gourou incarne en outre la figure de l’emprise masculine sur la liberté de pensée des femmes qu’il dirige comme du bétail dans un vaste champs fertile qui se révèle petit à petit comme un espace mortuaire. « El Señor » c’est la personnification de l’artificialité et du pêché au sein d’une nature pure et exempte de vices.

Luz tourne autour des questions de cette pureté de la foi, le trio de femmes que nous suivons erre dans des monologues rêveurs au sein d’un espace purement onirique, souhaitant s’affranchir progressivement de cette tutelle sectaire et d’une emprise psychologique puissante. Mais ne prenons pas Luz à la lettre, du moins en ce qui concerne son charme mélancolique, la violence vient faire progressivement son chemin parmi la communauté en proie à la menace du Diable. Juan Diego fait le choix de ne pas montrer directement la menace en question, il la cache au plus profond de la psychologie de ses personnages, si bien que le public se retrouve face à un récit dans lequel il doit constamment se questionner :  les évènements sont-ils réels ou bien simplement le reflet de la folie de chacun·e des protagonistes, trop longtemps soumis·e par une foi aveugle et fausse ?

Ainsi avec son premier long-métrage, Juan Diego opte pour un conte à la photographie quasiment enfantine pour traiter au travers d’un récit contemplatif de thématiques complexes : la remise en question de la foi face au conditionnement d’une hiérarchie abusive, la fabrique du Démon et de la démence religieuse, la place de la femme au sein d’un microcosme religieux en rapport avec le culte de la nature. S’il peut paraître parfois un peu longuet sur certains points notamment sur la mise en place de son élément perturbateur, Luz se révèle toutefois comme un film passionnément profond et complexe, avec un savant mélange entre une narration et une mise en scène contemplative pour mieux faire ressortir les moments clés de violence, agissant ainsi comme une véritable catharsis religieuse sur nos chères personnages. Mais parce qu’un visionnage vaut bien mieux qu’une critique je vous invite à aller regarder cette perle rare sur Freaks On. Aussi, pour creuser un peu plus ces thématiques, je vous conseille l’excellent article de sur le film The Righteous écrit par mon collègue Laurent !


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