Hurlements, des légendes urbaines compilées par Masaya Hokazono

Les éditions Black Box nous offrent Hurlements de Masaya Hokazono, un one-shot paru au Japon en 2009 sous le nom Akai Imôto (« petite sœur rouge ») qui conte plusieurs histoires courtes, inspirées de légendes urbaines nipponnes. Connue pour son amour de l’horreur et des histoires fantastiques, la culture japonaise est friande de creepypasta et autres contes liés aux fantômes et créatures folkloriques en tout genre. L’auteur présente une histoire de maison hantée à la Ju-On (célèbre saga de films d’horreur japonais initiée par Takashi Shimizu), d’un « film maudit » ou encore d’une hypnose meurtrière. La plupart de ces récits se basent sur des légendes urbaines et histoires d’horreur très connues du public grâce à l’adaptation américaine de nombreux films d’horreur japonais. Néanmoins, la réactualisation et l’originalité de Masaya Hokazono les rendent intéressantes à découvrir par l’ajout d’un fond d’humour entre gags et cynisme, des dessins efficaces qui transmettent bien les émotions des personnages, ainsi qu’une ambiance à la fois doucement quotidienne et profondément dérangeante. Des éléments fantastiques et horrifiques surgissent dans la vie des protagonistes tandis qu’iels sont plongé·e·s dans leurs activités journalières. D’abord incrédules, iels réalisent rapidement que quelque chose cloche… Des forces malveillantes semblent être à l’œuvre.

Né en 1961, Masaya Hokazono se distingue rapidement par son one-shot Ame no Housoku (1986) puis avec Wiseman (1994) où apparaissent déjà les thèmes de l’horreur et de la science-fiction qui feront de lui un mangaka spécialiste des univers sombres et surnaturels. Il publiera pas moins de 18 séries, allant de la science-fiction au fantastique, de l’occulte à l’ésotérisme, de la religion au gore, de la comédie au manga historique. Inugami, le réveil du dieu-chien (1996) restera le titre le plus emblématique de sa carrière. La récente publication de sa série gore Freak Island (2014) et son tueur fou à la tête de cochon nous fait de l’œil dans un style plus trash.

Dans Hurlements, pas de personnages aux coupes de cheveux funky et aux costumes délurés ni de combats extraordinaires contre les forces mystérieuses cachées dans l’obscurité. Les malédictions se jettent sans un bruit et les humain·e·s les subissent, totalement impuissant·e·s face à ces phénomènes surnaturels. Entrer en contact avec un lieu, un objet ou un individu aux dons paranormaux peut déclencher des sortilèges et réveiller d’obscures entités. L’atmosphère oppressante de cette œuvre joue sur la curiosité d’en savoir plus sur les origines nébuleuses de ces apparitions fantasmagoriques prêtes à emporter les protagonistes de l’autre côté du voile. Cette œuvre est une compilation d’histoires courtes qui ne permettent pas aux bibliophages de s’imprégner d’un univers de seulement quelques pages ou d’éprouver de l’empathie pour celles et ceux qui, pour beaucoup, sont déjà condamné·e·s dès leur arrivée dans ce récit. Cette bande dessinée est un seinen macabre truffé de malédictions à gogo, de quelques effusions de sang et surtout de rencontres insolites avec un effroi à l’esthétique nippone.

Dans le premier chapitre « La fille écarlate », un jeune employé d’un petit vidéo-club espère voir les fantômes pour avoir un truc croustillant à raconter à ses potes de lycée. Son patron lui fait alors part d’une légende urbaine circulant autour d’un film maudit. Et celui-ci l’a justement sous la main ! Le boss va alors pousser son salarié à visionner cet étrange métrage amateur pour constater de la véracité de la malédiction. Hokazono livre ici une belle adaptation du concept du film maudit qui rappelle la VHS de Ringu (Hideo Nakata, 1998) adapté en version américano-japonaise par Gore Verbinski sous le nom de The Ring (2002). Inspirée par une expérience terrifiante qu’aurait vécue l’auteur, cette première partie de Hurlements nous plonge directement dans une creepypasta glauque dont les codes scénaristiques sont propres au genre.

Si les univers macabres et flippants des œuvres nippones font maintenant partie d’une pop culture mondiale, Hurlements ajoute une pierre à l’édifice de l’horreur et transporte les yûrei et autres yôkai hors de leurs frontières.


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