Serial Blogueuse, des critiques qui font péter les plombs !

Serial Blogueuse (Ivo Van Aart, 2019) nous entraine dans un scénario original et sanglant qui mêle humour noir et critique sociale. Le récit met en scène une pigiste du nom de Femke Boot qui peine à rédiger des articles sans recevoir des messages injurieux ainsi que de menaces de mort sur les réseaux sociaux. Ne réussissant plus à se concentrer sur ses chroniques, la femme se met à alors à se renseigner sur les profils des haters et perd peu à peu pied. Et bien qu’elle soutient corps et âme la liberté d’expression de sa fille lycéenne, Femke accumule de la frustration qui explose un beau jour en mode American Psycho. Le film alterne entre comédie cynique, psychose et meurtres déjantés tout en présentant le quotidien d’une famille recomposée évoluant dans le domaine de l’écriture, la suffisance d’une éditrice en chef complètement déconnectée des souffrances de sa rédactrice et une armée de haters fachos et sexistes qui poussent à bout. Serial Blogueuse est un thriller au féminin tantôt gore tantôt dramatique qui montre une spirale de violence sans fin, une vengeance interdite mais qu’on peut concevoir comme légitime face à ces trolls agressifs se prenant pour des spécialistes. De la méchanceté des mots à la violence des coups, de l’impact des fausses rumeurs à la liberté d’expression, cette œuvre nous questionne. Le déchainement d’agressions verbales que subit la chroniqueuse s’apparente à de la violence gratuite, sans aucun argumentaire, aucune possibilité de débats ni même en quelconque lien avec le contenu de ses articles. Ces haters essentiellement masculins se concentrent davantage sur le fait que Femke soit une femme et qu’elle ait des opinions politiques différentes des leurs. Alors qu’elle a totalement conscience qu’il n’est pas nécessaire d’y prêter attention, une rage profonde commence à germer dans l’esprit de la femme et tout ce qu’elle espère, c’est de faire cesser ces commentaires haineux. Elle se lance alors dans une entreprise mortelle afin de les faire taire à tout jamais…

Commençant à s’énerver avec le tapage d’un voisin un peu bourru, Femke se rend compte que le profil de l’homme correspond à celui d’un hater. Psychosée et de plus en plus sous pression, elle entreprend de tout simplement se débarrasser de lui. Non prise au sérieux par la police, elle parvient à retrouver la trace de certains haters, s’enclenche dès lors une série de crimes. Mais la question reste en suspens : est-ce une justice vengeresse ou une entrave à la liberté d’expression ? Tandis que sa jeune fille milite pour le droit de s’exprimer dans son lycée face à son directeur semblant un peu conservateur, la mère tue frénétiquement ses détracteurs, des adversaires qui ne cherchent finalement qu’à la menacer pour la faire taire. Que faire de la liberté d’expression et quand se transforme-t-elle en violence ? Son militantisme est-il révolutionnaire ou fasciste? Ne devient-elle pas comme ces hommes agressifs qui répandent de fausses rumeurs à son sujet ? Femke utilise des méthodes plutôt réactionnaires contre les réacs eux-mêmes car ce que vise la pigiste est la destruction pure et dure de l’ensemble de ses adversaires. Ce film est jouissif et critique mais garde jusqu’à son ultime séquence une grosse part d’ambiguïté. Serial Blogueuse est pourtant un film d’horreur léger qui parle d’un fait sociétal très fort : le harcèlement en ligne et le manque de modération quant à cette violence. Entre commentaires haineux sur les femmes et envois de dick pics non consenties, une nouvelle forme de violence émerge sur la toile : l’agressivité numérique. Ce métrage néerlandais qui semble dépeindre un pétage de plombs cathartique inverse la tendance. Et si ce genre de menaces était puni ? L’horreur psychologique envoyée à la gueule de Femke se transforme en slasher psychotique aux revendications sociales. Les discriminations, le racisme et le sexisme sous couvert d’anonymat sont légion sur le net, « on ne peut pas être tout simplement gentil·le et faire preuve de respect ?! » s’écrira Femke avant d’assassiner sauvagement ses victimes, des lâches imbus de leur personne qui cherchent à discréditer une femme qui ne leur convient pas. De Mila à Alice Barbe, nombre de femmes subissent du cyber harcèlement allant jusqu’à des menaces de viol et de mort pour avoir osé exprimer une opinion, souvent progressiste, de la société dans laquelle elles vivent. Les conséquences destructrices de ce genre d’attaques, qui restent régulièrement impunies, sont souvent minimisées. Puisqu’être tolérant·e face à l’intolérance et à la discrimination équivaut au pire à légitimer le fascisme et la violence ou du moins à préserver le conservatisme ambiant, Femke, interprétée à la perfection par une Katja Herbers décidée et nerveuse, est-elle étrangement la défenseuse de la liberté d’expression et de la tolérance ?

La scène finale colorée dans laquelle on voit une femme triomphante et dégoulinante du sang de sa dernière victime, un jeune adolescent qui légitime ses attaques numériques et anonymes en les comparant à de simples blagues, donne à réfléchir… La modération semble être un meilleur compromis !


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