Cosmetic DNA, un rape & revenge bien déluré !

Film japonais réalisé par Kenya Okubo en 2020, Cosmetic DNA nous conte l’histoire d’Ayaka, étudiante en arts et escort girl la nuit, qui subit une agression sexuelle de la part de Keisuke Kunjima, un réalisateur de films paumé, lui-même fils d’un réalisateur connu. L’appâtant en lui proposant un rôle dans son « prochain » film, il décroche un rendez-vous avec la jeune femme et en profite pour mettre du GHB dans son verre. Ayaka se retrouve en profonde détresse psychologique mais elle fera bientôt la rencontre de deux autres femmes, Satomi et Yumi avec qui elle pourra partager ses souffrances mais aussi sa vengeance…

Se reposant sur le succès de son court-métrage du lycée (du merveilleux titre Où va l’amour ?), Kunjima se perçoit en tant que génie du cinéma, sûr et certain de pouvoir conquérir le monde avec son art. Ayaka caresse le même rêve : être reconnue pour sa peinture et son maquillage original. C’est grâce à son contenu make up sur « YouTube » que Satomi contacte Ayaka. Cherchant à se maquiller sur « conseil » de son professeur de doctorat assez sexiste, cette étudiante en biologie deviendra une précieuse membre du trio. Son étude à l’Université vise à démontrer qu’il est possible de créer des spermatozoïdes de synthèse afin que deux femmes puissent donner naissance à un bébé. Une révolution qui permettrait à ces trois protagonistes d’être débarrassées définitivement d’un système patriarcal étouffant…

La scène dans laquelle Ayaka se réveille, perdue, dans une chambre qu’elle ne connait pas avec Kunjima entrain de la violer est d’une rare violence. La caméra devient les yeux de la jeune femme et le visage crispé de plaisir de son agresseur juste au-dessus d’elle apparaît dans la pénombre. L’horreur psychologique de la jeune femme débute alors. Après s’être échappée, elle rentre chez elle pour se laver, jeter ses vêtements, puis se décide à porter plainte. Ce passage au commissariat est tout aussi difficile pour la jeune femme tant le policier se montre inhumain.

« À moins que je prouve ce qui s’est passé et que c’était contre ma volonté, ils vont faire comme si ça n’était jamais arrivé. C’est trop drôle. »

Ayaka à ses deux amies

Tandis que Satomi fera face à son professeur qui lui assène des injonctions au mariage et à la maternité, Yumi se prendra la tête avec son copain, un écrivain persuadé que ce qu’il écrit ne peut pas être compris par une femme ni par un·e enfant. Lorsqu’Ayaka découvre que Yumi est la prochaine proie de Kunjima, elle va tout mettre en œuvre pour empêcher un prochain viol. Par accident, Satomi écrase l’homme qui traversait la route à la recherche de leur amie et Ayaka sortira de la voiture, bien décidée à le réduire à néant. Le trio va torturer le violeur, le tuer, puis le saigner. Cette survivante d’agressions sexuelles se rendra alors compte que le sang est l’ingrédient idéal pour des cosmétiques de qualité !

Dans une scène déroutante, Kunjima, le cinéaste violeur, raconte à son ami-assistant du nom de Yoshida qu’il a pu « baiser » une femme en enlevant en douce le préservatif afin d’éjaculer à l’intérieur d’elle sans son consentement. Ce réalisateur complétement tordu explique alors son but : puisque le sexe est mieux que le cinéma, Kunjima cherche à conquérir le monde en disséminant son ADN, donc son sperme dans le plus de femmes possible. Un « doux » rêve misogyne et masculiniste qui volera bientôt en éclats grâce à la solidarité de ces trois femmes.

Lorsqu’Ayaka reconnait Kunjima blessé et à terre, elle s’armera d’une brique pour le mettre K.O. La scène est cachée, presque pudique mais rappelle également le trou noir, l’effondrement d’Ayaka après avoir ingéré le GHB. Ces violences hors caméra, sans doute impulsées par le manque de budget de Kenya Okubo, sont soudainement surprenantes face à la violence permanente montrée lors des interactions de ces héroïnes avec des hommes de leur entourage, puis aux scènes de torture ensanglantée du violeur. On devine l’acte d’Ayaka avec la réaction d’effroi de Satomi restée place conductrice.

Puis, c’est au tour de Yoshida de prendre la place de Kunjima. Aussitôt devenu réalisateur, son caractère se transforme et se montre de plus en plus semblable à celui de son ancien compère. Hiérarchie et domination lui correspondent dès lors que son statut le lui permet. Les trois femmes, quant à elles, se font enrôler par l’entreprise American Dreams afin de devenir idols. Jusqu’au jour où… les trois femmes doivent devenir les actrices de Yoshida, qui souhaite faire un film d’action dans lequel combats et viols se mélangent…

Usant allégrement de clichés de genre, poussant presque dans l’ultime caricature, Cosmetic DNA ressemble davantage à un conte critique du sexisme aux situations qui peuvent parfois sembler rocambolesques mais dont la véracité reste tangible. Être une femme au Japon, c’est encore être soumise à de nombreuses injonctions à la maternité, au mariage, à être douce et compréhensive. Ce film expose et explose ces clichés en transformant le tout en une œuvre à la fois comique, barrée, angoissante, malaisante, et parfois ridicule (la scène des souris en plastique en tête).

Les critiques habituelles d’une génération désabusée, de la méchanceté des réseaux sociaux, des rumeurs de couloirs jusqu’à l’illusion de la réputation et les atteintes et agressions sexuelles à répétition en passant par le peu de réaction de la part des forces de l’ordre en cas de viol ou encore l’instrumentalisation des idols, sont présentes et dépeignent une société nippone brisée par le rêve « américain » de popularité, de domination et d’argent.

Cosmetic DNA est disponible sur Freaks On !


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