Long Weekend, quand la nature se rebelle

Disponible sur la chaîne de screaming Shadowz et réalisé en 1978 par Colin Eggleston, Long Weekend fait partie du genre dit « Ozploitation« , à savoir toutes les productions sorties en Australie dans les années 70 et 80 et dont les fers de lance sont, par exemple Mad Max de George Miller, La Dernière vague de Peter Weir ou Razorback de Russell Mulcahy. Ce film aura droit à son remake en 2008, réalisé par Jamie Blanks. Peter et Marcia, un couple en pleine crise conjugale, décident de passer un week-end loin de tout, dans un endroit isolé en bord de mer pour se ressourcer, se retrouver. Mais la nature environnante se rebellera face à ces deux citadin·e·s. Long Weekend est un film à ambiance, celle-ci étant de plus en plus oppressante à mesure que la nature se rebelle. Il frôle même parfois le contemplatif, avec ces plans sauvages où règne un calme apaisant, cette forêt silencieuse et ce bord de mer mais où l’on sent une menace sous-jacente. Nous sommes d’ailleurs en droit de justifier cette rébellion car il est impossible d’apprécier ce couple citadin qui ne respecte rien. Avant même d’arriver à destination, Peter écrasera un kangourou sur la route mais ne s’arrêtera pas et continuera à conduire comme si de rien n’était. Une fois arrivé, il voudra abattre un arbre pour faire un feu alors que des branches mortes pullulent autour de lui. Sa femme lui demandera pourquoi il fait ça et sa seule réponse sera « Parce que j’ai envie.».

Cette œuvre parle aussi en sous-texte du couple et des crises qu’il peut traverser. Ici, ça sera sur le thème de l’adultère et d’un avortement lié à celui-ci. Marcia n’arrive plus à éprouver de désir sexuel envers Peter, créant chez lui une frustration qui amène à son tour de la cruauté. Alors qu’il devrait compatir et soutenir sa femme malgré que l’enfant ne soit pas de lui, il n’est que reproches. Une scène est hautement symbolique d’ailleurs : Marcia trouve un œuf d’aigle et, au cours d’une énième dispute, le lance contre un arbre sur lequel il s’écrase. L’intérieur, ce mélange de sang et de fluide, et tout simplement le fait de rejeter une vie (en l’occurrence celle contenue dans l’œuf) est une métaphore de l’avortement.

Les attaques de la nature ne sont pas démonstratives ni frontales. Elles restent presque en fond, ce qui renforce l’aura mystérieuse et accentue l’angoisse. Mais le plus terrifiant reste les pleurs du dugong, que Peter tuera et que la mer rejettera sur le rivage. Chose à noter, c’est que celui-ci le nommera de prime abord bunyip. Cela est intéressant dans le sens où ce nom est à l’origine celui d’une créature mythologique de l’est de l’Australie ressemblant à un phoque. Le dugong faisant partie de la famille des phocidés. Autre fait, c’est que ce monstre mythologique pousse des cris quand il dévore des humain·e·s et Peter, au cours d’une de ses promenades en solitaire, trouvera une voiture immergée sous l’eau avec seulement une petite fille dedans. Un peu plus loin, dans une forêt, une tente et des affaires abandonnées. On peut émettre l’hypothèse que les parent·e·s de cette fillette ont été dévoré·e·s, d’où les cris de l’animal. Mais une autre, et plus plausible, peut aussi faire sens. Au-delà des cris, cela peut-être interprété comme des pleurs, comme le soulignera Marcia la première fois où elle les entends. On peut donc y voir une parabole sur l’enfant perdu ou tout simplement la nature qui pleure les dégâts que font ce couple. Ce film est riche d’interprétations et c’est aussi cela qui lui confère une force et une aura si particulière en plus de sa réalisation.

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