Top 5 de l’animation onirique rétro

Importés du Japon dès les années 1960 avec le célèbre Astro Boy ou Le Roi Léo (Osamu Tezuka), les animes – anciennement appelés manga eiga (films de manga) – se sont popularisés hors de leurs frontières durant les années 1970-1980 jusqu’à devenir un média incontournable de la pop culture moderne disponible sur de nombreuses plateformes streaming comme Netlifx ou Prime Video aux quatre coins du monde. Dérivé du mot animēshon (transcription du mot anglais animation), l’anime désigne aussi bien une série qu’un film d’animation en provenance de l’archipel nippon. Entre Albator, le corsaire de l’espace (Rintaro, 1978), Capitaine Flam (Tomoharu Katsumata, 1978) et Saint Seiya (Kōzō Morishita et Kazuhito Kikuchi, 1986) de la Toei ; les co-productions franco-japonaises avec Ulysse 31 (Jean Chalopin et Nina Wolmark, 1981) et Les Mystérieuses cités d’or (Jean Chalopin, Mitsuru Kaneko, Mitsuru Majima et Sōji Yoshikawa, 1982) de RTL Productions ; la série d’animation italo-nippone Sherlock Holmes (Kyousuke Mikuriya et Hayao Miyazaki, initiée en 1984) inspirée des romans d’Arthur Conan Doyle ; les adaptations des shonen funky de la mangaka Rumiko Takahashi dés 1981 avec Lamu de Mamoru Oshii ; ou encore les œuvres d’Hayao Miyazaki à l’affiche dans plusieurs cinéma mondiaux, de nombreuses œuvres singulières et pétillantes sont arrivées en Europe et ont constitué un socle commun culturel à plusieurs générations successives. Du Club Dorothée (diffusé sur la chaine TF1 qui venait alors d’être privatisée, cherchant à attirer un public fidèle) à la fin des années 1980 jusqu’aux plateformes actuelles dédiées entièrement à l’animation japonaise (Crunchyroll ou Wakanim en tête), la vague anime et son pendant littéraire, le manga, font partie intégrante de nos références artistiques mondialisées et nous offrent des univers passionnants jusqu’alors inconnus.

Vampire Princess Miyu (Toshiki Hirano, 1997)

Adaptation du manga éponyme écrit par Toshiki Hirano et dessiné par la mangaka Narumi Kakinōchi, Vampire Princess Miyu (Toshiki Hirano, 1997) est une série d’animation qui nous conte l’histoire d’une jeune vampire – descendante d’une lignée chassant les shinma (dieux-démons) afin de les renvoyer dans leur monde – qui ne mord que celles·ceux qui ont en ont le désir. Accompagnée de Larva, un shinma ayant trahi les sien·ne·s pour devenir son protecteur, Miyu mène à bien sa mission, oscillant entre détermination et profonde nostalgie. Coincée dans le corps d’une lycéenne d’une quinzaine d’années, la gardienne contemple le temps qui passe avec une certaine froideur. Silencieuse et douce, Miyu entraîne son seul confident dans une aventure mystérieuse parfois drôle, souvent dérangeante. Entre désir, violence, non-dits et des combats à l’esthétique singulière, Vampire Princess Miyu dépeint un univers lugubre mettant en scène les profondes noirceurs de l’humanité, couplées à une relation ambiguë d’une vampire d’origine japonaise à l’honneur inébranlable avec un shinma occidental qui décide de devenir son compagnon pour l’éternité.

Tenshi no Tamago (Mamoru Oshii, 1985)

L’Œuf de l’ange aka Tenshi no Tamago est un film d’animation assez psychédélique qui nous conte l’histoire d’une jeune fille protégeant un œuf étrange. L’univers présente l’arrivée d’une espèce mystérieuse sur une terre onirique et dévastée. Sortant d’un vaisseau à la fois mécanique et organique, l’enfant à la chevelure blonde débarque dans un monde dans lequel toute trace de civilisation semble avoir disparu. Un mystérieux homme, portant une arme en forme de crucifix, contemple l’atterrissage du vaisseau tout en errant dans les ruines de ce monde froid et dépeuplé. Il décide alors de suivre la petite fille afin de comprendre ce que contient l’œuf. Elle-même l’ignore. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle doit en prendre soin.

La direction artistique fut confiée à Yoshitaka Amano, artiste connu pour ses illustrations de l’univers Final Fantasy ou encore pour sa participation à la série de romans populaires de fantasy Guin Saga (Kaoru Kurimoto, initiée en 1979). Cette collaboration entre Mamoru Oshii et Yoshitaka Amano, hautement esthétique, donne aux armées d’êtres mécaniques chassant des poissons d’ombre ou encore au squelette d’une mystérieuse créature ailée emmuré dans une ancienne cathédrale une allure de fresques antiques européennes mêlées à des estampes lumineuses japonaises. Quel lien unit la jeune fille venue du ciel avec cette œuf ? Ce dernier a-t-il appartenu à cette étrange créature encastrée dans l’un des murs de l’immense édifice ?

Galaxy Express 999 (Rintaro, 1979)

Adaptation du manga éponyme écrit en 1977 par Leiji Mastumoto, Galaxy Express 999 est un film d’animation de science-fiction de la Toei Animation qui entre dans l’univers étendu d’Albator/Harlock. L’histoire met en scène le périple d’un adolescent terrien du nom de Tetsuro Hoshino à travers la galaxie en compagnie de la mystérieuse Maetel. Enfant, Tetsuro voit sa mère se faire assassiner sous ses yeux par le comte mécanique, un androïde appréciant la chasse à l’humaine. Ayant ainsi constaté du pouvoir particulier et de la force incommensurable des androïdes, le jeune homme n’a qu’une idée en tête : en devenir un. Il cherche alors à embarquer à bord du Galaxy Express 999, un train galactique ayant comme terminus Andromède/La Métal, une étrange planète sur laquelle il est possible de transférer sa conscience dans un corps mécanique. Cependant le billet est hors de prix et seul·e·s les membres d’une élite économique peuvent se le permettre. Alors qu’il est pris en chasse par la police après avoir tenté de dérober l’un des ces précieux billets, Tetsuro trouvera refuge chez Maetel, une jeune femme douce et réservée, ressemblant étrangement à sa mère. Cette dernière lui offre alors une place à bord du Galaxy Express 999 et le duo s’embarque dans une aventure spatiale qui les emmènera sur des planètes toutes différentes les unes des autres. Chaque arrêt est l’occasion pour le jeune homme de gagner en maturité et de réfléchir à la condition humaine et au prix de l’immortalité. Plus le terminus du train s’approche, plus Maetel semble inquiète et cachotière… Qui est réellement cette femme ? Quelles sont les raisons qui l’ont poussée à accompagner Tetsuro ?

Ce film dénote quelque peu de l’univers habituel de Leiji Matsumoto axé sur des combats au nom de la justice, faisant de ces protagonistes des pirates de l’espace prêt·e·s à se sacrifier au nom de la liberté. Le duo constitué de Maetel et Tetsuro, une sublime femme et un jeune homme têtu, se montre plus doux et cette aventure cinématographique tourne davantage autour de questionnements philosophiques et d’une recherche de réponses. Au cours de leurs voyages, Tetsuro et Maetel rencontreront Emeraldas et Albator/Harlock mais retrouverons également le meurtrier de la mère du jeune homme. Entre nostalgie profonde, amour naissant et impossible, et vengeance, ces deux personnages déconstruiront peu à peu les liens qui les unissent à leur passé pour prendre leur destin en main. Une thématique typiquement nippone qui nous conte le passage à l’âge adulte d’un jeune homme ainsi que la rédemption d’une femme hantée par les regrets et prisonnière de ses obligations.

Ranma ½ (Kitty Films & Studio Deen, 1989)

Adaptation du manga éponyme de Rumiko Takahashi (1989), Ranma ½ est une série d’animation shonen fantastique dans laquelle Ranma, un jeune homme très particulier, se transforme en une jeune femme rousse lorsqu’il entre en contact avec de l’eau froide (et redevient homme avec de l’eau chaude). Mélangeant un Japon des années 1990 avec une esthétique chinoise haute en couleur, cet anime commence avec l’arrivée de Ranma Saotome et de son père, Genma, dans le dojo de la famille Tendô dont le père de famille (et meilleur ami de Genma) avait arrangé le mariage du jeune homme avec l’une de ses trois filles (Akane, Nabiki, Kasumi) il y a bien des années. Et ce, dans le but d’unir les deux écoles d’arts martiaux. Entre romance délurée et action rythmée, les relations entre les protagonistes ainsi que les combats sont mis en scène sur une OST chill qui ajoute beaucoup à l’atmosphère déjantée imaginée par Rumiko Takahashi. Passant d’amours à sens unique à des rivalités entre personnages, des oppositions entre générations montrant des adultes envahissant·e·s et des adolescent·e·s têtu·e·s., Ranma ½ enchaîne les coups de théâtres et les gags invraisemblables. Sous couvert d’arts martiaux, les affrontements sont aussi improbables que drôles et se transforment rapidement en concours burlesques : cuisine martiale, cérémonie du thé martiale, gymnastique rythmique martiale, livraison de nouilles martiale…

C’est lors d’un voyage en Chine dans le cadre d’un entraînement intensif de Ranma avec son père que le jeune homme tomba accidentellement dans la source maudite de « la jeune fille ». Cette double facette de genre/sexe fait du personnage de Ranma l’un des rares protagonistes d’animes qui aborde le sujet de la transidentité tout en humour. Néanmoins, les transformations magiques s’appliquent aussi à d’autres personnages ayant eu le malheur de tomber dans les sources maudites : Genma devient un panda géant ; Shampoo, une jeune amazone folle amoureuse de Ranma, se métamorphose en chat ; Ryôga en cochon noir ou encore Mousse en canard. Le même système est respecté : eau froide/chaude (transformation/retour à la normale) et l’inclusion de ces éléments fantastiques dans un univers adolescent constitue la clef de voûte de cette série du Studio Deen.

Belladonna of Sadness (Eiichi Yamamoto, 1973)

Adaptation libre du conte intitulé La Sorcière (Jules Michelet, 1862) par les studios Mushi Production d’Osamu Tezuka, La Belladone de la tristesse aka Kanashimi no Beradonna est un film fort traitant de sujets rarement abordées dans le cinéma d’animation tels que le viol, la sexualité féminine et l’avortement. Jusqu’à lors réservée aux enfants, l’animation japonaise prend un tournant différent dans les années 1970 afin d’attirer un public plus large. Osamu Tezuka se lance alors dans la production d’une série de trois films érotiques connue sous le nom d’Animerama dont Belladona of Sadness est le dernier.

L’univers de cet anime s’articule autour des légendes médiévales occidentales sur la sorcellerie et prend place en France. Désirant s’unir dans les liens sacrés du mariage, Jeanne et Jean, un couple de paysan·ne·s, viennent demander la permission au seigneur du domaine. Néanmoins, iels ne disposent d’assez d’argent pour s’acquitter de cette dote envers lui. À la fois amusé·e·s et outré·e·s de cet affront, ce roi austère et sa reine aussi glaciale que jalouse infligent une sanction à ce duo innocent et travailleur. Jeanne se fait alors violée par le seigneur et son armée clownesque tandis que Jean est chassé hors du château. Elle le retrouvera après son calvaire, déchirée par la tristesse mais Jean, humilié et jaloux, l’étranglera avant de s’en excuser. C’est durant cette terrible nuit qu’apparaît une minuscule créature murmurant à l’oreille de la jeune femme, se pendant aux pointes de ses seins, attisant ainsi son envie. Le Diable séduit alors Jeanne et lui promet de nombreuses richesses afin d’améliorer sa situation. Cette dernière se transformera peu à peu en une sorcière puissante, confiante et libre. Cherchant à transformer ses faiblesses en force, cette protagoniste est sublimée par des aquarelles inspirées de l’Art nouveau et de l’esthétique du tarot alternant entre des illustrations fixes et des plans animés qui se fondent les uns dans les autres. Libérée des contraintes d’une société et d’une domination masculine qui lui conviennent si peu, Jeanne expérimente la violence, la sexualité, puis la liberté avant de rayonner de plus belle. La femme oscille entre la jalousie de la reine, la domination du roi, la violence et la traîtrise de son époux pour qui elle aurait vendu son corps au Diable, se refusant pourtant à lui offrir son âme. C’est lorsque Jeanne se rendra compte qu’elle se trompe, qu’elle s’échappera du village pour trouver refuge dans les bois, que ce daimon était déjà présent en elle depuis bien longtemps que sa transformation complète s’effectuera. Réveillée par son chagrin, cette créature étrange entraînera la jeune femme vers sa renaissance. Une métamorphose portée à l’écran à travers une scène hautement colorée dans laquelle Jeanne s’abandonne entièrement à elle-même, conclut le pacte et devient maîtresse de son destin. Une vie sauvage faite de plaisirs et d’harmonie avec la nature l’attend dès lors qu’elle se retire du monde pour vivre en hermite dans la forêt… Comment finira l’aventure de Jeanne ? Il semble que son histoire ait inspiré la Révolution française…

Ce film très singulier et engagé aussi terrible que magnifique possède une bande originale folle réalisée par Masahiko Satō. Cette musique rock psychédélique accompagne l’atmosphère onirique de l’œuvre et renforce l’aspect sensuel des images de sorte à conférer à Belladonna of Sadness un pouvoir viscéral qui nous plonge, tête la première, dans un bain d’injustice et de détermination féminine aux effluves érotiques et folkloriques.

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