Top 3 des films d’horreur féministes ♀️

The Witch (Robert Eggers, 2015)

Réalisé par Robert EggersThe Witch (2015) est un film canado-américain d’horreur mettant en scène une famille dévote cherchant, grâce au travail de la terre, à domestiquer une nature sauvage jugée diabolique puisque « non-ordonnée » par l’Homme selon les volontés de Dieu. Éloignés ainsi de la civilisation, le couple et leurs cinq enfants se retrouvent aussi dans un état de marginalisation, cultivant patiemment leurs champs d’une Nouvelle-Angleterre des années 1630. C’est alors que leurs récoltes se dessèchent soudainement, amenuisant petit à petit leurs réserves de nourriture. La mystérieuse disparation de Samuel, un bébé en bas âge qui se trouvait alors sous la garde de l’aînée, Thomasin, présentée par sa famille comme une jeune fille imaginative, marque le début d’une véritable chasse aux sorcières pour savoir lequel d’entre eux·elles aurait « péché » et amené le diable dans cet endroit paisible qui devait ressembler à un nouvel Eden. Très vite, un climat de méfiance s’installe liant les croyances fanatiques des parents à leurs difficultés de plus en plus prononcées à vivre isolés et à se nourrir, des envies sécrètes d’adolescent.e.s en pleine puberté reclus.e.s au sein de leur unité familiale et des vives inquiétudes de leur mère sombrant peu à peu dans la folie et la névrose. Un véritable conte horrifique débute alors.

La sorcière apparaîtra rapidement comme une sorte d’échappatoire à une jeune fille vivante dans un monde rigoriste et chrétien. Aux yeux de plusieurs membres de sa famille, Thomasin apparaît déjà comme une sorcière. La jeune fille est rejetée par sa mère pour avoir perdu le bébé, et accusée par les jumeaux de sa famille d’en être responsable. Lorsqu’elle aura tout perdu, elle finira alors par rejoindre le cercle de sorcières en plein sabbat. Thomasin n’a pas souhaité devenir une sorcière mais elle l’est devenue car elle a été marginalisée, accusée à tort et violentée. Au final, le déterminisme mis en scène dans cette œuvre découle d’une chasse au bouc-émissaire dans un monde de fanatiques religieux, patriarcale et sexiste. Thomasin apparaît dès le début du film comme une force vive, une volonté émancipatrice de l’ordre mis en place sans son consentement. Une nature sauvage et cruelle, se devant être « ordonnée », « domestiquée » par l’Homme pour répondre aux préceptes d’un Dieu masculin et distant, devient alors le refuge de ces femmes qu’on imagine chassées, agressées, discriminées à l’instar de Thomasin, par d’autres familles, d’autres communautés. Elles se retrouveraient ainsi entre elles, formant une société à part entière tout en ayant obtenu de puissants pouvoirs en pactisant avec le Diable. La jeune fille deviendra alors ce que ses parents ont redouté : la figure de la sorcière, libre, sensuelle et puissante dans un monde de domination religieuse, de dogmes froids, d’un patriarcat figé et d’expiation des péchés.

The Woman (Lucky McKee, 2011)

Basé sur un roman de Jack Ketchum co-écrit avec le réalisateur Lucky McKee, The Woman débute ainsi : la dernière survivante d’un clan cannibale des États-Unis, une jeune femme à l’allure débraillée erre seule dans les bois avant de croiser le chemin de Christopher Cleek, grand avocat et chef de famille, durant une partie de chasse. La voyant dans cet état, il décide alors de la ramener chez lui pour la soigner, l’habiller, la nourrir afin de la civiliser. Un retournement des repères habituels, mettant en opposition la violence physique et symbolique de « l’élan civilisateur » d’une famille d’apparence modèle envers la « sauvagerie » finalement plus naturelle de cette femme cannibale, tuant pour se nourrir et survivre. Loin du mythe du Bon Sauvage de Rousseau, The Woman dépeint deux sortes de violences, deux terreurs, et deux formes de domination. Le père se donne alors comme mission de l’éduquer, à sa manière et contre sa volonté, en l’attachant dans la cave. Elle deviendra alors un objet sexuel pour ce dernier, ainsi qu’une curiosité pour le reste de la famille. Pourtant, le·la spectateur·rice fera rapidement son choix en se rangeant du côté de la cannibale, attachée et séquestrée par un homme lubrique, pervers et malsain. L’intrigue du film tient donc davantage à nous montrer un horrible drame familial, une ambiance malsaine et lourde, qu’une œuvre glauque de violence gratuite.

Ce splatterpunk féministe met en scène des anti-héro·ïne·s et des psychopathes prêt·e·s à faire exploser un déferlement de violences accompagnées de critiques puissantes et de discours radicaux contre la société actuelle. On peut d’ailleurs y voir une critique de la colonisation et du suprémaciste « civilisateur » blanc et masculin qui pense que lui seul détient le monopole du « bon sens » tandis qu’il se définit en véritable monstre, agresseur sexuel, père incestueux et mari violent, envers les femmes de son entourage. Ici, son statut d’avocat ou son smoking n’y changeront rien : Christopher Cleek est définitivement le sauvage de sa région, l’inhumain du film, un véritable trou du cul sexiste. Une culture du viol doublée à une légitimité de l’inceste est présentée dans tout ce qu’il y a de plus terrible : la pensée masculiniste et patriarcale que Christopher est dans son bon droit et que ces tortures, ces viols soient légitimés par des biais cognitifs induits par la société humaine, plus particulièrement par la culture américaine. Un moyen pour lui de se chercher des excuses devant sa famille, pour commettre en toute légitimité ces agressions. C’est là la terrible origine de la culture du viol et de la culture de l’inceste. Ce que cet homme souhaite avant tout, c’est apprendre à La Femme qu’il faudrait se soumettre, comme il l’a appris aux femmes de sa famille. La Femme, libre de ces concepts et de cette socialisation, apparait alors comme la défenseuse de ces femmes, emprisonnées dans des clichées de genre et des archétypes sexistes, de honte et de soumission. Symboliquement, c’est la destruction de tout un système qui est mis en avant. N’ayant pas incorporé cette domination masculine, La Femme possède assez de recul pour avoir conscience de cette violence faite aux femmes, et de cette injustice. Ainsi, elle peut s’y opposer et la détruire. Une socialisation des cultures humaines qui induit alors la culture du viol, le silence des victimes et l’impunité des agresseurs, s’envole en éclats grâce au comportement de La Femme qui cherchera simplement un moyen de s’échapper et de le dévorer. Finalement cette femme forte et sauvage n’est pas la victime du père, mais l’alternative, la porte de sortie de Peggy, la fille aînée.

La mère subira aussi son courroux puisqu’elle reste complice des agressions sexuelles commises sur sa fille et de la tyrannie de son époux. Et se taire, ne pas agir, c’est participer à l’agression malgré la domination évidente que son mari exerce sur elle. Au-delà du décès de la mère, il s’agit de la mort de la domination vécue et intériorisée par cette femme malheureuse. Cette mère accepte de mourir pour protéger ses filles et ainsi de mettre fin à cette violence puisqu’elle n’avait pas la force de s’y opposer d’elle-même. Cette dernière accepterait alors de mourir, donnant ainsi sa place à La Femme cannibale qui a les capacités de protéger ses filles de ce système cruel et masculiniste. Une vengeance si naturelle pour la protagoniste principale féminine qu’elle efface instantanément la souffrance de la fille violée en la prenant sous son aile avec sa plus jeune sœur, qui aurait été bientôt en âge de subir les sévices sexuels de son propre père.

The Woman est un rape & revenge haut en couleur, gore, prenant, mais aussi terrifiant, malaisant qui finit en une apothéose ensanglantée et jouissive avec le meurtre sauvage du père et de son fils.

Bulbbul (Anvita Dutt, 2020)

Bulbbul est une œuvre du cinéma indien emplie de mystère, d’étranges phénomènes, de féminisme et d’une pincée d’horreur. L’histoire débute avec le mariage forcé de Bulbbul, une petite fille alors âgée d’une dizaine d’années, avec un homme adulte. Ainsi séparée de sa famille, elle tissera des liens d’amitié avec le petit frère de son époux en qui elle trouvera un compagnon de jeu, avant qu’il ne parte faire ses études à Londres. Des années plus tard, son beau-frère reviendra dans son ancien village en proie à des meurtres suspects… Il retrouvera alors son amie d’enfance devenue une belle jeune femme, gérant seule le domaine de son époux parti dans des circonstances inconnues. En parallèle, la rumeur d’une sorcière assoiffée de sang se répand dans la région pour expliquer les décès.

Cette œuvre fantastique commence alors comme un film d’horreur surnaturelle mais prendra une tournure toute autre. Puisque l’horreur n’est pas celle de la sorcière, elle se montrera plus puissante, plus terrible encore qu’elle est commune à plus de dix millions de femmes à travers le monde. Bulbbul apparaît comme l’archétype de la femme dont la vie a été choisie sans son consentement, asservie par une pédocriminalité légitimée en tradition culturelle.

« La seule chose personnelle dans la vie d’une femme, c’est son mari. »

Bulbbul cache derrière un sourire bienveillant et heureux des expériences traumatisantes qui seront données sous forme de flashback bien amenés : l’étrange relation qu’elle entretenait avec son mari, l’amour qu’elle portait pour son jeune beau-frère lorsqu’il était enfant et les taquineries de son autre beau-frère, déficient mental. La jeune femme est alors définie intégralement par les rapports qu’elle établit avec son entourage masculin. Puis, l’intrigue se démêle et apparait bien plus complexe. Son mari quitta le domaine après l’avoir battue afin de l’empêcher à tout jamais de marcher normalement, lorsqu’il apprit les sentiments qu’elle réservait à son jeune frère. En convalescence après ces sévices, elle fut violée par son autre beau-frère qui ne prit même pas conscience de son acte, souffrant de problèmes mentaux. C’est suite à la punition de son époux et de son agression sexuelle qu’elle se transforme en une créature magique et vengeresse. Et si la sorcière cherchait à protéger les femmes d’une société hautement patriarcale ? Son image change peu à peu, partant de la vile créature sanglante imaginée par les villageois·es, puis en le meurtrier forcément masculin envisagé par le beau-frère, jusqu’à la défenseuse des opprimées incarnée par Bulbbul. Elle fera alors la liste des individus tués : des maris violents, des pédophiles, des violeurs. Depuis le début de l’histoire, la jeune femme veillait en réalité à ce que son drame ne se reproduise pas ou soit vengé. Les victimes n’étaient donc pas ces hommes retrouvés morts dans d’étranges conditions mais bien les femmes qui avaient croisé leur chemin…

Anvita Dutt retourne à la perfection le schéma classique d’un thriller avec un enquêteur masculin qui recherche avec énergie le tueur sanguinaire ayant causé la désolation dans un petit village, ou encore d’une romance bollywoodienne impossible, pour finalement changer de protagoniste principal·e au milieu du film et trouver les réelles victimes du récit. Ce film plutôt lent et contemplatif conte une histoire puissante et terrible tout en faisant de sa personnage principale une féministe qui inspire le respect.

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