Horreur et Politique: EC Comics, à l’origine du mal

En 1968, alors que les États-Unis sont en train de vivre un tournant historique avec le mouvement de lutte pour les droits civiques, un certain George A. Romero réalise La Nuit des morts-vivants[1], un « petit film » tourné à Pittsburgh, loin de la puissante Hollywood et qui donne le premier rôle à un acteur afro-américain. Ainsi, quelques années après que le système des Studios, alors aux abois, s’est jeté pour pouvoir continuer à exister dans les bras d’une nouvelle génération de cinéastes abreuvé.e.s de films d’auteur.e.s européen.n.e.s[2], le cinéma d’horreur américain et avec lui tout le cinéma d’horreur mondial viennent d’entamer leur propre révolution. À partir de La Nuit des morts-vivants, le cinéma d’horreur américain sera beaucoup plus politique, engagé et sanglant. Et, un des points communs que partagent un grand nombre de ces cinéastes de films d’horreur[3] est celui d’avoir été des lect.eur.rice.s assidu.e.s des comic books[4] édités par EC Comics, l’éditeur américain de bandes dessinées connu mondialement pour avoir, au début des années 50, publié des récits mêlant horreur et discours social mais aussi pour être à l’origine de la série télévisée Les Contes de la Crypte.

La Nuit des mort-vivants réalisé par George A. Romero en 1968.

De l’Education à l’Engagement[5] : le E de EC Comics

Crée en 1944 par Max Gaines, un des vétérans de l’industrie des comic books aux États-Unis[6], Educational[7] Comics était à l’origine un éditeur de comic books éducatifs qui s’adressaient essentiellement aux enfants et à leurs maître.sse.s et qui étaient distribués en grande partie dans les églises et les écoles. Lorsque Max Gaines trouve tragiquement la mort dans un accident de bateau en 1947, EC Comics est endetté, car force est de reconnaitre que les comic books mettant en scène des superhéros sont plus vendeurs que ceux traitant d’Histoire ou de Religion. La veuve de Max Gaines demande alors à son fils William de reprendre les rênes de la maison d’édition créée par son père. Mais William Gaines, ayant depuis son plus jeune âge entretenu une relation très difficile avec son père, n’a jamais rien voulu avoir à faire avec l’industrie des comic books préférant se tourner vers l’enseignement à l’Université. Cependant, devant les difficultés financières de la maison d’édition, William Gaines décide malgré tout d’accéder à la demande de sa mère et prend, à contrecœur, la direction de EC comics, lui qui pourtant n’a aucune expérience dans l’édition. Passionné depuis l’enfance par les récits de science-fiction qu’il pouvait lire dans les magazines pulp et les émissions de radio mettant en scène des histoires d’horreur[8], William Gaines décide alors d’abandonner les récits éducatifs pour se tourner vers des genres plus à la mode à cette époque comme le western et les histoires de crime. Désormais, le « E » de EC Comics va rimer avec Entertainment[9].

Les publications de EC Comics.

En 1948, il engage Al Feldstein, qui connaît bien l’industrie des comic books en y ayant fait ses armes dès l’âge de 15 ans. Partageant avec William Gaines sa passion pour les histoires d’horreur, Al Feldstein lui propose non plus de suivre la mode du moment pour tel ou tel genre, mais d’innover et de devenir « ceux qu’on suit ». Les deux hommes décident alors d’écrire des histoires d’horreur et de changer les titres de leurs magazines[10] mais aussi d’en créer d’autres, tout en engageant de nouveaux artistes. À partir de là, les publications de EC Comics vont s’inscrire dans les genres Horreur, Crime, Guerre, Science-Fiction, mais aussi l’Humour[11] puisque EC Comics et William Gaines sont les créateurs du célèbre magazine satirique MAD[12]. Débute alors pour EC Comics ce que William Gaines a défini lui-même, « The New Trend », la nouvelle tendance dans les comic books et qui fera de EC Comics, l’un des éditeurs les plus importants de l’Histoire des comic books américains, mais aussi de l’Histoire de la bande dessinée mondiale. Mais, dans cette période qui s’étend de 1950 à 1955, malgré la déclaration de William Gaines de n’offrir à ses lecteurs que du divertissement, les histoires qui seront publiées dans les différents comic books de la maison d’éditions vont témoigner d’un « E »ngagement politique et social profond de ses artistes et de ses dirigeants.

Couverture du magazine satirique MAD, juin 2018.

Le bien par le mal

Un an après avoir lancé le « New Trend », la maison d’édition réinventée par William Gaines et Al Feldstein, commence à faire du profit grâce notamment à leur ligne de comic books d’horreur. Écrits en grand partie par Gaines et Feldstein, les deux hommes laissent cependant une grande liberté à leurs artistes qui peuvent signer aussi leur travail, pratiques rares dans une industrie des comic books américaine qui considère, à l’époque, les artistes comme de simples exécutant.e.s. Mais, ce qui va faire la réputation de EC Comics, c’est leur fameuse « formule »[13] qui va se retrouver dans beaucoup de leur publications. En effet, pour la ligne « Horreur », Al Feldstein, dont les scénarios sont considérés par les spécialistes comme étant de très hautes qualités[14], introduit les désormais célèbres narrat.eur.rice.s[15], des espèces de « goules lunatiques » qui au début de chaque récit, vont s’adresser en faisant preuve « d’humour », directement aux lect.eur.rice.s pour introduire les personnages et l’histoire pour, qu’à la fin du récit, après ce que l’on peut comparer à un twist au cinéma c’est-à-dire un rapide renversement de situation, exprimer la morale de l’histoire. Ainsi, le recours à la narration et à l’humour est un moyen pour les artistes de EC Comics de désamorcer la violence et l’horreur présentes dans leurs comic books faisant ainsi comprendre aux lect.eur.rice.s qu’elles ne sont que pure fiction, que rien n’est réel. Ceci permettant alors aux lect.eur.rice.s de se concentrer sur le discours qui est véhiculé dans le récit. De plus, cela témoigne de la volonté de EC Comics de considérer les lect.eur.rice.s comme des personnes capables de réfléchir et de comprendre ce qui se passe dans les pages de leur comic books préférés. C’est aussi, pour la période, un regard différent que la maison d’édition porte sur la bande dessinée. En effet, les artistes et les dirigeants de EC Comics voient celle-ci comme un média et un art majeur qui peut tout à la fois s’adresser aux enfants, mais aussi aux personnes matures et adultes.

Le Gardien de la crypte (The Crypt Keeper).

  D’autre part, l’élément peut être le plus caractéristique des histoires publiées par EC Comics est bien ce snap-ending, ce twist, ce moment « choc »[16] qui amène le récit vers sa conclusion finale et à la morale. Pour Qiana Whitted, auteure de EC Comics, Race, Shock and Social Protest[17], le snap-ending est « indissociable de la notion de justice poétique qui imprègne les comic books d’horreur et de crime de EC Comics ». Ainsi, dans les histoires publiées par William Gaines,  l’horreur sert avant tout de prétexte pour offrir une certaine forme de justice et de moralité, une justice retributive, dans des récits où « la source de l’horreur est aussi la source de justice »[18]. Le.la méchant.e de l’histoire, celui.celle qui applique sur les autres une certaine forme de violence, de mal, est puni.e par le même mal. Aussi, dans les comic books de EC Comics, les mauvaises actions finissent-elles toujours pas être punies. Ainsi, dans l’histoire Taint the Meat…It’s Humanity publié dans le magazine Tales from The Crypt #32, un boucher profite de la période de rationnement et de restriction durant la Deuxième Guerre mondiale pour vendre de la viande avariée dans le seul but de faire du profit et ce malgré les protestations de sa femme. Mais, leur fils mange malencontreusement de cette viande et meurt ! La femme, folle de rage, se venge de son mari et le récit finit sur une case dans laquelle le lecteur peut y voir la femme placée derrière le comptoir de la boucherie, arborant un regard hagard, et criant « Viande avariée, quelqu’un veut de la viande avariée ? », son mari étant découpé en morceaux placés dans le comptoir.

L’horreur au-delà de l’Horreur: « The Preachies » et la société américaine dans les années 50

Mais, au-delà de la motivation personnelle des « méchant.e.s » de l’histoire, les récits contés dans les pages publiées par EC comics s’inscrivent dans des contextes politique et social plus larges et pointent du doigt les nombreuses problématiques existantes aux États-Unis dans les années 50 et témoignent de la volonté de EC Comics et de ses dirigeants de sensibiliser leurs lect.eur.rice.s à ces problématiques et à leur façon, de les combattre. Frank Nuessel, cité dans l’ouvrage de Qiana Whitted, distingue plusieurs sujets abordés par EC Comics durant la période du New Trend dont le McCarthysme, le racisme, la peine de mort, le viol, les addictions aux drogues, le conflit nucléaire, la corruption, la cruauté sur les animaux, l’antisémitisme, l’anticommunisme et bien d’autres encore. Ainsi, en 1952, William Gaines et Al Feldstein décident de publier des histoires encore plus explicites dans leurs condamnations des « fléaux » sociaux, ces véritables horreurs qui entachent lourdement la société américaine. Ces histoires que William Gaines qualifiera ironiquement[19] de « preachies » et que l’on peut traduire par « prêches «  ou « sermons », tentent d’éveiller les consciences sociales des lect.eur.rice.s et de leurs faire comprendre quels sont les véritables problèmes qui mettent en danger la démocratie américaine, en particulier celui de la ségrégation raciale qui fait des Afro-américain.e.s des citoyen.ne.s de second rang dans leur propre pays.

Qiana Whitted, EC Comics, Race, Shock and Social Protest, Rutgers University Press, 2019.

  Ainsi, dans In Gratitude… publié dans Shock Suspenstories #11 (1953), le récit raconte le retour du front de la Guerre de Corée d’un soldat américain, Joey Norris, accueilli en héros dans sa ville natale. Alors que celle-ci se prépare aux festivités, le jeune héros de guerre, qui a perdu une de ses mains au combat, demande à ses parents de pouvoir aller rendre hommage à Hank, son camarade tué au combat, qui lui a sauvé la vie. N’ayant pas de parents, Joey a demandé que son ami soit enterré dans le cimetière familial. Mais, les parents de Joey lui avouent honteusement que sous la pression des habitants de la ville, le corps de Hank, jeune Afro-américain, n’a pas été enterré dans le cimetière, car « celui-ci est seulement réservé aux Blancs ! ». Joey n’hésitera pas à témoigner de sa honte lorsque debout sur le podium qui devait servir à fêter son retour, il s’adresse à la foule et demande[20]: « Pour qui est-il[21] mort ? Pour qui ai-je perdu ma main ? Vous dites que vous êtes fières de moi ? Mais moi, je ne suis pas fière de vous ! J’ai honte de vous…et pour vous !». Mais les récits pouvaient aussi être plus optimistes. En effet, dans l’histoire intitulée Judgment Day !, paru dans Weird Fantasy #18 (mars-avril 1953), un émissaire de La Grande République galactique est envoyé sur une planète habitée par des robots de couleur orange et des robots de couleur bleue. Pendant son inspection, l’émissaire dont on ne voit pas le visage, masqué qu’il est part son casque, découvre une société où sévit la ségrégation et dont les habitants robots sont jugés selon leurs couleurs. À la fin de son inspection, l’émissaire déclare au représentant de la planète que celle-ci n’est pas assez prête pour rejoindre la république galactique. Le représentant demande alors s’il y a un espoir et l’émissaire lui répond qu’autrefois la Terre était comme cette planète, mais qu’une fois que les hommes/femmes ont appris à vivre ensemble sans discrimination, la civilisation humaine a avancé. L’émissaire repart alors avec son vaisseau et la dernière case montre le visage de l’envoyé de La Grande République galactique et les lecteurs y découvrent le visage d’un homme de couleur. Il faudra attendre le mouvement des droits civiques et de nombreuses luttes pour que le système de ségrégation légal soit aboli en 1964 aux États-Unis.[22].

Dernière case de Judgment Day !, paru dans Weird Fantasy #18 (mars-avril 1953).

La controverse et la fin de EC Comics

 Au début des années 50, gangréné.e.s par la paranoïa induite par le McCarthysme et par le climat de Guerre froide, la société américaine et les institutions du pays sont sans cesse à la recherche de soi-disant ennemi.e.s infiltré.e.s qui veulent détruire le American way of life, à savoir le mode de vie américain, ou corrompre la jeunesse. Avec le succès des comic books d’horreur de EC Comics, les autres éditeurs se lancent aussi dans la publication de récits d’horreur avec une escalade de plus en plus forte de la violence et de l’horreur sans que celles-ci ne soient forcément traiter de manière intelligente comme le faisait EC Comics. C’est dans ce contexte que sort en 1954 le livre Seduction of the Innocent écrit par un psychiatre, Fredric Wertham, qui voit dans les comic books un média qui influence dangereusement l’esprit des jeunes Américain.e.s. À la suite de cette publication, un vif débat commence alors à agiter l’opinion publique américaine si bien que le Sénat américain met en place une commission pour enquêter sur l’éventuel danger que les comic books pourraient faire peser sur la jeunesse des États-Unis. William Gaines se porte alors volontaire pour aller témoigner devant la commission et défendre l’industrie des comic books et sa maison d’édition, une des premières visées par le livre du psychiatre. Cependant, malgré les efforts de Gaines, la commission décide d’imposer une autocensure aux éditeurs de comic books sous la forme d’un code qui, entre autres choses, interdit l’utilisation des mots tels que « horreur », « crime », « terreur »[23]…EC Comics refuse de se plier à la dictature injuste du code, mais les distributeurs et les librairies ne veulent pas travailler avec un éditeur dont les publications n’ont pas été soumises au code. Ne pouvant plus écouler leurs publications, les dirigeants de EC Comics se voient obliger de se conformer aux décisions de la commission de censure et changent les noms de toutes leurs publications. Mais, assez rapidement, les décisions des censeurs deviennent de plus en plus intolérables et lorsque William Gaines décide de republier l’histoire Judgment Day ! en 1955, la commission de censure refuse de donner son accord tout simplement parce que le personnage principal est un Afro-Américain. C’est la goutte qui fait déborder le vase.William Gaines décide alors de publier tout de même l’histoire puis arrêtera les publications de presque tous les comic books dont le contenu était devenu vide de sens à cause de la censure. Seul le magazine satirique MAD continuera à être publié. Cela marqua la fin de EC Comics.

L’héritage de EC Comics au cinéma et à la télévision

De nombreu.ses.x artistes témoignent[24] de l’importance que les revues publiées par EC Comics, lues pendant leur jeunesse, a eue sur leur vision du monde et comment ces comic books ont fortement influencé leur travail d’artistes. Un.e des plus célèbres est, bien sûr, George A. Romero qui, avec son premier long métrage qui raconte l’histoire d’un groupe de personnes qui tentent de survivre à une invasion de mort-vivants en s’enfermant dans une maison, a non seulement redéfini la figure du zombie, mais a permis au cinéma d’horreur d’entrer dans l’ère moderne. En effet, lorsque George A. Romero sort en 1968 La Nuit des morts-vivants, le film est un choc non seulement pour ses qualités cinématographiques, mais aussi parce que le personnage principal, personnage positif, est interprété par un acteur afro-américain. À la fin du film, lorsque l’aube arrive, le réalisateur y fait intervenir une espèce de milice d’hommes Blancs armés jusqu’aux dents, trucidant les morts-vivants à tour de bras, et qui finissent par tuer « accidentellement » le personnage principal. Pour beaucoup, on peut y voir là une volonté de la part de G. A. Romero de dénoncer le « passé génocidaire » des États-Unis[25] et les violences faites aux minorités (indienne, afro-américaine), mais le film renvoie aussi à la violence dont l’armée américaine fait preuve au Vietnam au moment où sort le film. Ainsi, au cours de toute sa carrière de réalisateur, G. A. Romero ne cessera d’associer dans ses films l’Horreur à un discours politique et social. D’autre part, en 1982, associé à Stephen King au scénario, il rendra directement hommage à la maison d’édition de William Gaines en réalisant Creepshow, un film composé de plusieurs histoires courtes s’inspirant de la bande dessinée Tales From the Crypt. Mais, il est à noter que la première adaptation de cette bande dessinée date de 1972, lorsque la compagnie de production anglaise Amicus Productions (L’Abominable Docteur Phibes, 1971), concurrente du célèbre studio de la Hammer, produit un film intitulé Contes d’Outre-tombes qui voit comme acteur protagoniste le grand Peter Cushing.

Un autre grand réalisateur américain, « Big » John Carpenter[26] avoue l’importance que EC Comics et ses histoires d’horreur ont eues sur son choix de devenir réalisateur de cinéma. Il cite ainsi The Fog (1980) comme un de ses films les plus proches de l’esprit EC Comics, film dans lequel il raconte une histoire de pirates fantômes qui se vengent de l’injustice qui leur a été faite. Car, pour John Carpenter, aussi, le cinéma d’horreur ne peut être que politique[27]. Ainsi, dans Invasion Los Angeles (1988)[28], John Carpenter n’hésite pas à utiliser une histoire d’infiltration extraterrestre dans les hautes sphères de la société américaine pour critiquer la politique libérale du président Ronald Reagan qui a appauvri de nombreu.ses.x Américain.e.s. En 1993, il co-réalise avec Tobe Hooper, un film inspiré des publications de EC Comics Petits cauchemars avant la nuit. De la même manière, pour Tobe Hooper, réalisateur du très culte Massacre à la Tronçonneuse (1974) aka The Texas Chainsaw Massacre, « ce qu’on enterre finit toujours par refaire surface; le film d’horreur est avant tout politique »[29]. En effet, dans ce film, derrière cette histoire de famille de Rednecks dégénérée qui massacre des gens à coup de tronçonneuse, Tobe Hooper pointe du doigt les « illusions » du « Rêve américain » (American dream), les conséquences sociales de la crise économique induite par le système capitaliste, mais aussi l’impact que la Guerre du Vietnam et le Scandale du Watergate ont eu sur la conscience collective des Américains. Tobe Hooper dira du film : « Le film est devenu une métaphore cinématographique de la conjoncture de l’époque. Voilà à mon avis le propos de Massacre à la tronçonneuse ».

Duane Jones, acteur protagoniste de La Nuit des morts-vivant réalisé par George A. Roméro en 1968.

  Mais, on retrouve aussi cette influence de EC Comics dans le petit écran. En effet, en 1989, le producteur Joel Silver (L’Arme fatale, Predator, Piège de cristal) s’associe avec les réalisateurs Robert Zemeckis, Richard Donner, David Giler et Walter Hill pour créer la série télévisée Les Contes de la Crypte[30] qui va permettre à une nouvelle génération et au monde entier de (re)découvrir EC Comics. En effet, la série télévisée qui voit les participations de nombreu.ses.x act.eur.rice.s célèbres et la collaboration de William Gaines lui-même, s’inspire et à la fois rend hommage à la bande dessinée Tales From the Crypt. Tous les ingrédients qui ont fait la réputation de EC Comics se retrouvent dans la série; le gardien de la crypte (The Crypt Keeper), l’horreur associée à l’humour et à l’ironie et le fameux snap-ending. Des cinéastes importants tels que Robert Zemeckis (La saga Retour Vers le Futur), Tobe Hooper ou encore Tom Holland (Jeu d’enfant aka Child’s plays et la fameuse poupée Chucky, 1988) ont réalisé des épisodes et ont contribué à faire de Les Contes de la Crypte une série de qualité.

Le Gardien de la crypte de la série télévisée Les Contes de la Crypte.

Une autre série télévisée plus récente, Master of Horror créée par Mick Garris en 2005, peut être considérée comme une série qui s’inspire aussi des comic books d’horreur de EC Comics. De nombreux réalisateurs cultes du cinéma d’horreur[31] ont été invités à réaliser un des épisodes en compagnie de réalisateurs plus jeunes[32]. Là aussi, dans ces épisodes qui sont indépendants les uns des autres, les histoires d’horreur mises en scène sont autant d’occasions pour les réalisateurs de développer des discours engagés. Ainsi, par exemple, dans l’épisode Vote ou Crève[33] de la première saison, le réalisateur Joe Dante[34], lui aussi ancien lecteur des comic books de la maison d’édition de William Gaines, raconte une histoire de militaires américain.e.s tombé.e.s au combat qui reviennent à la vie sous la forme de zombies au moment où les Américain.e.s se préparent à élire un nouveau président. Pour Joe Dante, c’est un moyen de critiquer l’engagement militaire des États-Unis sous l’ère du président George W. Bush et ses mensonges pour justifier l’intervention militaire du pays. D’autre part, dans la deuxième saison, l’épisode Piégée à l’intérieur[35] raconte comment une jeune femme enceinte d’un démon tente de se débarrasser de son rejeton, alors que son père, militant anti-avortement, tente à tous prix de l’en empêcher. Cet épisode permet à son réalisateur John Carpenter de critiquer les mouvements anti-avortement et de prendre position en faveur du droit des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps.

L’épisode Vote ou Crève (Homecoming) réalisé par Joe Dante pour la série Masters of Horror en 2005.

  Ainsi, depuis la reprise en main de EC Comics par William Gaines et jusqu’à aujourd’hui, Horreur et Politique semble faire bon ménage et marchent souvent de concert. Et, la sortie récente du livre History of EC Comics aux éditions Taschen (2020) témoigne du grand intérêt que les passioné.e.s de bandes dessinées portent encore aux comic books publiés par la maison d’édition créée par le regretté William Gaines[36] et ses bandes dessinées seront à n’en pas douter, encore une grande source d’inspirations pour de nombreu.ses.x cinéastes.


[1] Aka The Night of the Living Dead

[2] Cette période du cinéma américain qui voit le « règne » des réalisateurs/auteurs est appelée Nouvel Hollywood et s’étend du début des années 60 jusqu’à 1980, date à laquelle les Studios ont repris le pouvoir.

[3] La liste des artistes lecteurs des comic books publiés par EC Comics ne se limite pas aux réalisateurs de films puisqu’on peut aussi citer Stephen King le maître incontesté de la littérature d’horreur, R. L. Stine le créateur de la série Chair de Poule, Alan Moore scénariste de V for Vendetta ou The Watchmen, le producteur Joel Silver, l’écrivain américain Larry Stark

[4] Désigne à la fois le support et la bande dessinée aux États-Unis.

[5] En version originale, avec la période de The New Trend le « E » de EC Comics se transforme de « Educational » à « Entertainment » que l’on peut traduire par « divertissement » « amusement » ou encore « loisir ». Mais, comme auteur de cette article, cette version française me semble plus pertinente à la vue de « l’engagement politique et citoyen » que EC Comics a montré au cours de son existence et ce malgré l’insistance de William Gaines qui a toujours déclaré que la maison d’édition avait avant tout pour but » de divertir et de faire du profit ».

[6] Max Gaines est considéré comme l’inventeur du comic book et en association avec Harry Donenfeld a créé All American Publications, l’ancêtre de l’éditeur DC Comics.

[7] « Education » en français

[8] Notamment les émissions The Witch’s Tale et Lights Out (Qiana Whitted, EC Comics, Race, Shock and Social Protest, Rutgers University Press, 2019, p.11)

[9] » Divertissement » en français

[10]Les comic books War Against Crime et Crime Patrol deviennent Vault of Horror et The Crypt of Terror qui sera rebaptisé plus tard Tales from the Crypt.

[11] L’humour est aussi présent dans les comic books d’horreur notamment à travers les commentaires des personnages narrat.eur.rice.s qui introduisent les histoires.

[12] Aujourd’hui publié par DC Comics, l’éditeur de Superman, Batman, Wonder Woman

[13]Qiana Whitted, op. cit., p. 25-26

[14] Notamment l’écrivain américain Larry Stark

[15] Le Vault-Keeper, le Gardien de la crypte et la Vieille Sorcière.

[16] Le terme Shock étant utilisé dans les titres de certaines revues.

[17]L’ouvrage est présent dans notre bibliothèque consacrée au cinéma de genre.

[18] Qiana Whitted, op. cit., p. 17

[19] Ironie pour une maison d’édition qui ne voulait plus publier des comic books éducatifs.

[20] L’artiste Wallace Wood a dessiné la case avec un gros plan sur le visage de Joey Norris, comme si celui-ci s’adresse aux lect.eur.rice.s

[21] Hank

[22] Le Civil Rights Act de 1964, mais il faudra attendre le Civil Rights Act promulgué en 1968 pour mettre « fin » à la ségrégation sur l’ensemble du territoire américain.

[23] Horror, crime, terror

[24] Tales from the Crypt : From Comic Books to Television, documentaire réalisé par Chip Selby (2004)

[25] Jérémie CoustonVote ou Crève, Téléfilm de Joe Dante (Homecoming 2005), Télérama, no 2965,‎ novembre 2006.

[26]Chip Selby, op. cit.

[27] Metaluna, n°2, Metaluna Europe-France, avril 2013. (Le magazine est présent dans notre bibliothèque consacrée au cinéma de genre).

[28] Aka They Live.

[29] Préface de Jean Baptiste Thoret in Dominique Legrand, Les Territoires interdits de Tobe Hooper, Playlist Society, février 2014. (Le livre est présent dans notre bibliothèque consacrée au cinéma de genre).

[30] Les Contes de la Crypte sur Wikipédia

[31] George A. Romero, John Carpenter, Dario Argento, Joe Dante, Tom Holland, Don Coscarelli, Stuart Gordon, John Landis

[32] Lucky McKee, Brad Anderson, Takeshi Miike

[33] Aka Homecoming (2005).

[34] Réalisateur notamment de Gremlins (1984)  dont on peut lire le film aussi comme une dénonciation des excès de la société de consommation.

[35] Aka Pro-Life (2006).

[36] William Gaines est décédé en 1992.

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