La Nurse, une oeuvre dommageablement reniée par William Friedkin.

Après avoir connu le succès avec French Connection en 1971, l’Exorciste en 1973 ou encore Sorcerer en 1977, William Friedkin a connu une période creuse. Une période pendant laquelle le réalisateur va s’éloigner même du genre horrifique. Il décide alors, à la fin des années 80, d’adapter, sans grande ambition, un roman de Dan Greenburg, La Nanny, datant de 1987. Le film fut un échec total à sa sortie et William Friedkin le reniera tout au long de sa carrière, mais peut-être plus à cause de cet échec qu’il a subi que par la qualité de son film.

  La Nurse (The Guardian) raconte l’histoire de Phil, publicitaire en vogue, qui décide avec sa femme Kate, venant d’accoucher de leur petit garçon, d’emménager dans une maison non loin d’une forêt isolée. Bien que passionnée par son nouveau rôle de maman, Kate décide de reprendre le travail et fait appel à une nurse, Camilla, qui semble parfaite en tous points. Mais, alors que Phil commence à faire des cauchemars étranges sur cette dernière, on découvre en réalité que cette femme intrigante offre des nouveau-né.e.s à un arbre ancestral rempli de mauvais.e.s esprits. Phil et Kate seront aidé.e.s par leur voisin architecte pour percer le mystère de cette mystérieuse druidesse.

Le cliché du couple américain typique, décidant de s’isoler dans une grande maison afin de se ressourcer dans leur nouvelle vie de parents, rend le début du film plutôt banal et l’histoire se déploie avec une trame linéaire. Mais, derrière ce côté classique, se cache une œuvre purement ésotérique, entre sorcellerie et mythologie. Cette atmosphère est rendue non seulement par les éléments naturels qui y sont présents, tels que la forêt ou les animaux, mais également par le psychique de cette nurse à l’allure angélique qui se retrouve, finalement, être diabolique.

À travers ce personnage et celui de Kate, William Friedkin met le point sur la figure maternelle. Une figure qu’il ne cessera d’ailleurs d’exploiter dans toute sa filmographie. En effet, dans l’Exorciste nous sommes confrontés à une mère démunie face à la possession de sa fille. Alors que dans Bug en 2006, le personnage d’Agnes White, interprété par Ashley Judd, sombre dans une folie atypique suite à la disparition (dont on a d’ailleurs peu de détails) de son enfant. Ici, dans La Nurse, il y’a une double structure, la mère pleure son bébé kidnappé tandis que la nurse est représentée comme une mère sacrifiant les nouveau-né.e.s à une entité. Ces mères dévouées, mais différentes, se retrouvent finalement perdues dans le rôle qui leur est attribué. Et cette perte de repères et de contrôle est clairement identifiée par le genre horrifique

Et nul doute que dans La Nurse, le travail de l’horreur est bien ficelé, avec des scènes plus ou moins gores qui ne sont pas sans rappeler la saga Evil Dead de Sam Raimi, dont on retiendra principalement les scènes dans la forêt dans laquelle un mal invisible rôde à travers ces grands bois américains. Les sculptures de nouveau-né.e.s dans cet arbre maléfique sont à la fois fascinantes et déconcertantes, pouvant mettre le.la spectat.eur.rice mal à l’aise. Un sentiment qui aurait peut-être été moins puissant s’il s’agissait uniquement de sacrifier des adultes plutôt que de nouveau-né.e.s. Et, c’est là tout le pouvoir de ce film: l’innocence dans toute sa splendeur mise à l’épreuve et conduite jusqu’à une impureté mystique.

La tension est au rendez-vous tout au long du film. Le désarroi des parents est fort et procure aux spectat.eur.rice.s des sentiments d’inquiétude et de mal être. Des sensations que l’on retrouvera d’ailleurs de façon plus poussée, plus tard, dans Bug. On ne peut qu’aisément se mettre à la place de ces parents donnant toute leur confiance à cette femme qui, finalement, n’est qu’une inconnue, et se retrouvent trahis, développant même un sentiment de culpabilité du fait d’avoir laissé leur tout petit seul avec cette femme. Comme a pu l’être Chris McNeil, la mère de Regan dans L’Exorciste, elle aussi, peut-être trop occupée par son travail d’actrice et ne bénéficiant pas du soutien d’un mari totalement absent.

Cette nurse diabolique, interprétée par Jenny Seagrove est montrée comme une sorcière prête à tout pour nourrir cet arbre maléfique, quitte à sacrifier des nouveau-n.é.es. Le film apparait, alors, comme intense de par la mysticité de son histoire et du rôle de la nurse, un rôle extrêmement convaincant et presque plaintif. La méchante serait presque à plaindre quant à la dévotion désespérée qu’elle voue à cet objet de la nature puissant.

Quoi qu’il en soit, il serait bien dommage de comparer La Nurse avec les autres œuvres de William Friedkin, surtout avec celles qui ont connu un grand succès comme L’Exorciste. Car, malgré la déception de l’auteur et des spectat.eur.rice.s à la sortie de La Nurse, et bien que des éléments de l’horreur se trouvant dans ces deux œuvres, à savoir La Nurse et L’Exorciste, peuvent être similaires, le traitement ici est bien différent. Et, bien qu’il s’agisse là d’un film d’horreur bien plus conventionnel, La Nurse arrive néanmoins à se démarquer par son histoire et son ambiance fantasmagorique.

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