Penny Dreadful: City of Angels, un spin-off visuel bien plus politique que fantasmagorique

Dans le même univers que Penny Dreadful (John Logan, 2014) se déroulant à l’époque victorienne en Angleterre et mettant en scène de nombreux personnages des penny dreadful (ces petites histoires d’un genre littéraire horrifique vendues à l’époque contre un penny) tels que Frankenstein, Dracula, Dorian Grey et bien d’autres, la nouvelle série Penny Dreadful: City of Angels (John Logan, 2020) change totalement de ton et d’ambiance. L’œuvre nous transporte en Amérique des années 1930, plusieurs groupes politiques et communautés cherchent tant bien que mal à se réapproprier la ville de Los Angeles. Cette nouvelle série est aux antipodes de l’oeuvre originale, et partage davantage une fureur accumulée par des communautés écrasées qu’elle ne conte des histoires surnaturelles et fantastiques. Un spin-off visuel, beau et dynamique mais si peu envoûtant et enchanteur comparé à son pendant victorien. Avec des scènes de combat, de danse, de torture, de manipulations politiques et d’émotions particulièrement bien réalisées, la série trouve son charme et appuie ses propos. Plus gore mais moins sombre que Penny Dreadful, City of Angels fait place à une nouvelle génération de fans qui ne trouveront malheureusement pas l’atmosphère si spirite et quasi-lovecraftienne du premier opus (La série Freud de Marvin Kern en 2020 correspond plus à l’idée qu’on pourrait se faire d’un digne hériter de Penny Dreadful).

Le contexte de la série est particulier : la région de Los Angeles tombe sous le contrôle américain et est arraché au Mexique en 1848, des populations de « nachos » se retrouvent alors à vivre dans des quartiers excentrés, dans des maisons qu’ils ont construites de leurs propres mains, travaillant souvent comme gouvernantes, agent.e.s de surface et autres petits boulots pour le compte des Américain.e.s dans un monde qui ne leur laisse que peu de place. L’intrigue commence donc en pleines tensions politiques et revendications ethniques, juste avant l’explosion de la Seconde Guerre Mondiale.

Tiago Vega, le deuxième fils d’une famille mexicaine, devient le premier inspecteur d’origine étrangère à servir dans la police de L.A. Sa pensée étant que si l’on veut changer les choses et le racisme systémique, il vaut mieux le réaliser de l’intérieur, avec l’appui et la légitimé de la Justice. L’aîné et le dernier des fils de la famille Vega, quant à eux, ont des revendications bien plus identitaires et ne cherchent pas à faire dans la dentelle. Tiago et son partenaire Lewis Michener s’embarquent donc dans une enquête étrange : des meurtres sur fond de rites mexicains qui vont révéler de terribles missions d’espionnage du Troisième Reich. 

Une série complexe et de qualité qui ne sera malheureusement pas renouvelée malgré la présence de stars de renoms comme Natalie Dormer (Margaery Tyrell dans Game of Thrones) ou Brent Spiner (Data dans Star Trek: Next Generation & Star Trek: Picard). Dommage pour City of Angels qui aurait pu et du être doublement intéressante à développer tant du côté fantastique que dans la mise en scène de revendications politiques. Cependant, en cherchant à faire les deux, Penny Dreadful: City of Angels s’est fortement éloigné de ce qui faisait la classe de la première série Penny Dreadful. Des créatures du folklore mexicain bien présentes dans la saison 1 mais finalement peu développées, tandis que la série originelle avait brillé par son mélange d’histoires fantastiques anglaises et son intrigue à la Edgar Allan Poe. La Santa Muerte, personnification de la Mort du folklore mexicain, et sa prophétie d’une humanité décadente de « frères se battant contre frères » se réalise alors lorsque les policiers arrivent au quartier d’enfance de Tiago pour faire évacuer la population, et laisser ainsi les machines du « progrès » détruire les maisons mexicaines et construire une autoroute à la place, au profit de la grande marchandisation de l’Amérique.

Quant à la politique, elle mérite néanmoins qu’on s’y attarde. Nous sommes en 1938 soit un an avant la Seconde Guerre Mondiale, dans un climat où le racisme systémique est ancré profondément dans nos sociétés humaines, causant bientôt la terrible « solution ultime » de l’Hitlérisme. Une apocalypse et un conflit prédits par Santa Muerte qui n’a que peu confiance en le cœur des humain.e.s mais qui éprouve malgré tout de l’affection pour ces êtres. Magda, sa « sœur » ne possède néanmoins pas la même compassion. Cette dernière déteste les humain.e.s qu’elle pense tout juste bon.ne.s à s’entre-tuer et à détruire. Elle cherchera donc à réveiller les instincts les plus primaires de l’être humain, en infiltrant des postes de pouvoir à différentes échelles et dans différents groupes de la ville de Los Angeles. Telle une Éris, déesse de la discorde, causant conflits et destructions, elle est à la fois la secrétaire du candidat au poste de maire de Los Angeles, l’amante de docteur nazi, la cheffe de gang des communautés rejetées (nachos, LGBTQI+, féministes, populations racisées) ne trouvant pas leur place dans une Amérique raciste et machiste des années 1930. Tout ça afin de gérer un joli cocktail de mécontentements, de violences, d’idéologies et de revendications divers. 

La série comporte des protagonistes féminines fortes. À l’instar de Vanessa Hayves (interprétée par la magnifique Eva Green), les deux sœurs Muerte envoient du lourd. Il est de même pour la mère mexicaine qui élève seule ses enfants, tout en travaillant pour le docteur nazi, et qui n’abandonnera à aucun moment l’espoir d’un monde meilleur, et qui croit dur comme fer en l’adage méritocratique totalement hypocrite : En Amérique, tout le monde peut trouver sa place. Son dernier fils lui rappellera d’ailleurs la triste vérité : le racisme systémique et les biais cognitifs des Américain.e.s de cette époque empêchent bien une quelque ascension sociale et l’égalité de droits face à la Justice. Encore une fois, l’inspecteur Tiago fait figure d’exception puisqu’il s’est élevé au rang de policier. Néanmoins, l’intrigue est tournée pour que l’on comprenne rapidement qu’il constitue une réelle singularité à Los Angeles, pouvoir lui ayant été d’ailleurs conféré par Santa Muerte lorsqu’elle le sauva, enfant, des flammes de sa sœur. On peut aussi parler de sœur Molly, utilisée par sa mère pour devenir une icône sectaire d’une Église plus que douteuse et future amante de Tiago. Une relation inter-ethnique qui ne sera pas vue d’un bon œil à cette époque troublée.

En conclusion, Penny Dreadful: City of Angels tombe rapidement dans une surenchère politique au lieu de se concentrer sur ce qui faisait sa force : des histoires fantasmagoriques de qualité. Le point commun entre les deux séries est néanmoins respecté scrupuleusement : des apparitions magiques et apocalyptiques dans des époques troublées de l’Histoire de l’Humanité. Là où Penny Dreadful, l’original, se concentrait sur la fin de l’époque victorienne, les débuts de l’industrialisation, la montée des pratiques de spiritisme et les épidémies en Europe, semblable à une véritable apocalypse londonienne, Penny Dreadful: City of Angels se penche alors sur l’arrivée du fascisme en Europe, les conséquences du racisme systémique et les prémices de la modernisation et du capitalisme destructeur en Amérique.

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