Les fantômes de l’Asie sur nos écrans

Qui ne connaît pas quelques créatures fantastiques de la culture asiatique ? Le monde virtuel, de l’animation et du manga déborde de ces mamono, bakemono, kemono, shinigami et autres yôkai et yurei japonais et de plus en plus des phii du folklore thaï. Le cinéma nippon, particulièrement d’horreur, fait vivre ces fantômes, ces onryô aux cheveux longs noirs habillés de blanc sortant d’un puits abandonné, d’une rivière vaseuse et d’un grenier poussiéreux. Davantage humoristique, il en est de même pour le cinéma thaïlandais qui suit le même chemin que l’archipel nippon avec ses films d’horreur peuplés de phii, ou encore, à l’instar de la télévision sud-coréenne, avec ces dramas fantastiques et karmiques. De Nanno de Girl from Nowhere (Netflix, 2018) à la nymphe thaïe de Nang Mai (Pen-ek Ratanaruang, 2009) sélectionné au festival de Cannes en 2009, l’audiovisuel thaïlandais devient un concurrent solide face aux nouvelles productions culturelles et mondialisées du Japon et de la Corée du Sud.

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Cette étude cherche à montrer que ces créatures asiatiques font maintenant parties d’une pop culture mondiale, précipité d’abord l’animation, les mangas et le domaine du jeu vidéo japonais, puis par la télévision et le cinéma de cette triade asiatique. Globalement le monde occidental s’est pris d’intérêt pour l’Asie et ses particularités. Le succès du manga, puis de l’animation et du jeu vidéo (RPG japonais en tête) dans des années 1990 aux années 2010 fait maintenant place à l’émergence de la mode coréenne avec son style de musique, la K-pop, et ses dramas romantiques, parfois fantastiques, qui montrent une génération perdue, à l’affût d’un travail, qui cherche malgré tout à être heureuse (malheureusement, dans une société de consommation propre au capitalisme sud-coréen, très proche de son ami libéral, les États-Unis). Toute démarche méthodologique en Sciences Humaines a besoin de fondations solides sur lesquelles se construire. Il s’agit avant tout de se renseigner au maximum de manière scientifique, de se baser sur des recherches, des informations, des analyses réalisées et obtenues de façon méthodologique par le biais d’observations et de lectures. En suivant certaines méthodes en sciences sociales, il est possible pour les chercheurs en quête d’une démarche scientifique d’être plus objectifs dans leurs études. Il est difficile de parler de cultures et d’Histoire sans aborder le thème religieux et folklorique. Si ces créatures et esprits sont encore présents dans la pop culture mondiale, c’est bien qu’ils possèdent une essence forte et que leur survie tient au fait qu’ils trouvent refuge dans le monde artistique. Ce livre traite donc du phénomène du culte aux esprits en Asie et de sa mondialisation à travers une médiatisation des pratiques et des mythes. Ce sujet représente un ensemble de croyances et pratiques rituelles très répandu à travers le monde (maisons aux esprits en Asie, festivités en lien avec les morts, etc.).

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Étudier les rituels et les croyances animistes en Thaïlande et au Japon afin de comprendre les liens qu’entretiennent les autochtones avec l’environnement qui les entoure, et en particulier ces esprits, ces divinités, qui peuplent la nature. Il apparaît nécessaire de respecter la spécificité du phénomène religieux, d’adopter une approche scientifique et d’exposer le phénomène religieux dans sa diversité. Cette démarche se doit donc d’être réalisée de l’extérieur (pratiques, ritualité, monuments religieux) vers l’intérieur (sensibilité religieuse, dogmes) du fait religieux pour en saisir le concept. Étudier le fait religieux est néanmoins d’une complexité étonnante : d’un point de vue externe, l’analyse souffre d’un manque de compréhension de la nature et de l’impact des convictions religieuses individuelles. Ainsi, elle pourrait n’apercevoir que leur dimension sociale et collective. Étudiée de l’intérieur, l’analyse et l’observation souffrent d’un potentiel manque d’objectivité impulsé par une possible adhésion inconsciente aux systèmes de valeurs et de pensées des individus impliqués dans un phénomène religieux. Avant d’observer et d’analyser ce savoir, il est essentiel de définir correctement le « fait religieux ». Ce dernier est-il d’ordre social et culturel ? Bien que Durkheim parte du principe qu’il s’agit d’un phénomène social comme un autre, le fait religieux n’a-t-il pas une dimension bien plus individuelle, la conséquence d’un besoin religieux de la psychologie humaine ? La religion a répondu à toutes les curiosités de l’Homme, jusqu’alors inexpliquées par la science de l’époque : Qui sommes nous ? D’où venons-nous ? Comment le monde fonctionne-t-il ? Les débuts de la pensée humaine sont perceptibles dans les mythes et cosmogonies de l’Homme. Grâce à ces derniers et aux rites qui en découlent, ils ont expliqué le monde et le quotidien, ponctué leurs vies (rites de passages), créé une identité communautaire et un lien social. Grâce à ses éléments culturels matériels ou immatériels, le fait religieux est observable et explicable ; son analyse et son enseignement sont donc possibles. En réalité, comment comprendre l’Histoire, les sciences (qui se sont développées par les questions métaphysiques des grands savants de l’humanité) et les musées sans connaître les fondements religieux de ces derniers ? Il y a donc une nécessité d’un enseignement du religieux et du folklorique pour une meilleure compréhension de l’histoire et de la culture des diverses civilisations.

Transmises par les traditions ancestrales, elles (les images anthropomorphes religieuses, les dieux) exorcisaient leurs phobies, conjuraient leurs peurs, donnaient vraisemblances à leurs espoirs. […] Tant et si bien que chaque civilisation réagissant à sa manière, et de même chaque humain quand se sera affirmé le sentiment de l’individualité, le mythico-religieux aura déterminé pour l’essentiel ce que plus tard on appellera « l’identité culturelle des peuples et des personnes. (Jerphagnon, 2012 : 313-316)

Aujourd’hui, le fait religieux continue d’habiter les productions artistiques, philosophiques et les éléments culturels des sociétés humaines, il n’y a donc pas de rupture entre religion et modernité d’où l’importance de saisir le fait religieux actuel. L’ouvrage d’Olivier Roy, La Sainte Ignorance, le temps de la religion sans culture, met l’accent sur le phénomène suivant : les références religieuses implicites dans la culture générale sont trop souvent occultées. Un constat paradoxal : les croyants eux-mêmes n’ont pas forcément connaissance de l’histoire de leur religion et de leurs croyances religieuses. Cela pourrait déboucher sur un repli communautaire où les religions n’auraient qu’une dimension collective productrice de lien social, et d’affirmation identitaire de la communauté. Sans l’étude de la portée morale et éthique des diverses religions et, l’intégrisme et le fondamentalisme peuvent plus facilement émerger. Le phénomène de mondialisation actuelle peut pousser certains individus à créer une « religion individuelle », basée sur la connaissance et l’appropriation d’éléments religieux et culturels entrant en résonance avec la sensibilité du croyant (on le voit notamment avec les nouveaux mouvements wiccans, néo-druidiques, et chamaniques) ou alors à garder fermement les bases d’une religion traditionaliste et institutionnalisée aux dogmes et aux pratiques bien définies représentant la mémoire d’une communauté (Danièle Hervieu-Léger, La Globalisation du religieux, 2001). Tocqueville, dans son ouvrage De la démocratie en Amérique écrit en 1835, mettait également en évidence les soucis qu’affronteraient les nouvelles démocraties : l’individualisme (et donc en opposition le besoin communautaire dû à l’affaiblissement du lien social), la tyrannie de la majorité (et donc l’intolérance envers les minorités) et le culte du présent (allant de pair avec la consommation de masse et la destruction des ressources essentielles à notre survie). La question des religions face à la mondialisation lance un débat essentiel dans leurs compréhensions du monde et de l’environnement. Les éléments religieux loin de disparaître avec la modernité, changent et se transforment, deviennent, peut-être, davantage ludiques, artistiques. À partir de ce postulat, il paraît essentiel et nécessaire d’inscrire l’enseignement des faits religieux dans un « socle commun des connaissances » accessible à tous les êtres humains, un patrimoine immatériel mondial, le fait religieux et le folklorique comme étant des éléments culturels non négligeables de l’histoire de l’humanité :

[…] il conviendrait de ménager au fait religieux une place dans les programmes de l’enseignement public, de façon aussi objective que possible. Autrement, on occulte ce que tous les peuples y ont investi des millénaires durant parfois au péril de leur vie. (Jerphagnon, 2012 : 313-316)

Au sein de ces pages, l’étude des relations entre humain.e.s/esprits se définit autour de trois pôles : définition des caractéristiques des esprits et autres créatures folkloriques dans l’animisme et du shinto, le culte aux esprits et les relations que les humain.e.s établissent avec ces derniers ; passer du mythe aux rites pour constater des liens fondamentaux qui unissent les mythes aux rituels qui en découlent ; citer et étudier les références dans les médias mettant en scène le folklore, le culte aux esprits du Japon et de la Thaïlande et leur transmission médiatique dans le monde.

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Passer ainsi du plus global au plus local permet une vision approfondie des représentations culturelles et symboliques des Thaïs et des Japonais à travers l’étude des cosmogonies, des croyances et des pratiques religieuses. Grâce à l’étude des rituels et croyances, on peut voir l’ensemble d’une cosmogonie transmise de générations en générations et intériorisée par l’individu dès son enfance, ce qui aura un effet direct sur son rapport quotidien au monde. Puisque ces mythes retracent l’histoire du monde et de l’Homme pour expliquer ce qu’il est aujourd’hui et quelles sont les raisons de sa place dans le monde, de son organisation en société, et de ses gestes rituels et symboliques qu’il ressent comme normaux et habituels : « Pour l’homoreligious l’existence réelle, authentique, commence au moment où il reçoit la communication de cette histoire primordiale [la cosmogonie] et en assume les conséquences. » (Mircea Eliade, 1963 : 119). Selon Claude Lévi-Strauss1, le mythe possède une fonction symbolique qui transforme le monde qui entoure l’être humain en un environnement culturel pour trois raisons : cette fonction symbolique du mythe agit sur le plan collectif (en organisant des pratiques sociales) et individuel (en développant la pensée réflexive). Elle ordonne et forme le monde en se basant sur des symétries, oppositions, contraires et des équivalences ; et puisqu’elle ordonne le monde, elle instaure les règles et produit ainsi du lien social. Le mythe produit donc du lien social puisqu’il explique tout, il séduit par son aspect fabuleux et justifie les institutions politiques, religieuses, les tabous, les rites, etc. Il mobilise les individus grâce aux croyances qu’il véhicule. Les rituels qui découlent des mythes ne sont alors efficaces que si les croyances et les représentations du monde sont partagées par les individus de la société. Pour comprendre les mythes et les rituels du bouddhisme et de l’animisme thaïs et nippons, il est essentiel de donner quelques éléments importants de la Thaïlande et du Japon, de leurs cultures, de leurs environnements et de leurs mœurs et coutumes.

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Ces cultes animistes se sont assimilés à la culture bouddhique zen arrivante, comme c’est le cas en Thaïlande avec le bouddhisme thaï, et forment une partie essentielle de l’identité culturelle de ces pays asiatiques. Dans les deux cas, le culte aux ancêtres et la croyance en les phii ou en les kami sont largement répandus dans les pratiques des populations thaïlandaise et japonaise. Conjugués avec le bouddhisme, ces cultes nous donnent un ensemble de représentations et de valeurs liées à la représentation du monde et des rapports que l’être humain établit avec celui-ci. Le bouddhisme considère la nature comme faisant partie intégrante de l’ordre du monde et comme formant une unité avec tout le reste du vivant :

Le bouddhisme prohibe la chasse, le sort des animaux dans les abattoirs et, bien sûr, la vivisection. Il ne peut pas non plus admettre le concept d’animal nuisible et, comme on dit dans nos campagnes, d’ennemis des cultures, qui sont des prétextes à une extermination radicale, à l’usage massif de pesticides qui sont dangereux pour la santé humaine et deviennent inefficaces contre les insectes visés. (Jacques Brosse, 2006 : 130)

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Placer cette étude dans le cadre de la mondialisation-globalisation actuelle est essentiel afin de saisir l’état actuel des religions et des croyances asiatiques face aux paradoxes auxquels elles sont confrontées (la consommation de masse et l’industrialisation semblent de prime abord contraires à la doctrine bouddhique). Le phénomène de mondialisation-globalisation transforme et diffuse des éléments culturels à travers les différents pays du globe, il est intéressant de constater si oui ou non, on peut apercevoir un changement significatif dans les rituels et pratiques religieuses en Thaïlande et au Japon à un niveau local. Il ne s’agit pas de constater si les rituels et pratiques culturelles faiblissent avec le phénomène de mondialisation-globalisation mais d’en saisir les transformations ou les changements tant au niveau de la forme qu’au niveau des représentations culturelles et artistiques. Il semble également essentiel d’étudier ce phénomène dans les pays asiatiques, particulièrement en Thaïlande et au Japon, tant ces pays sont attachés à leurs traditions, et que les pratiques culturelles et rituelles forment les identités patrimoniales et le lien social dans ces sociétés :

En poussant, l’analyse à son terme, on peut considérer que la « Mondialisation-globalisation » tend à conforter la pratique et l’exercice de la ritualisation puisque celle-ci permet de dominer les phénomènes aléatoires et épisodiques de la réalité sociétale. (Aurélien Yannic, 2009 : 9).

À une échelle mondiale, il est intéressant de déterminer quels éléments culturels des croyances thaïes et nippone se sont exportés à l’étranger ainsi que de voir par quels moyens ces cultures diffusent des éléments de leurs croyances, des aspects culturels de leurs pays à travers le globe grâce aux médiatisations et aux nouvelles technologies. Le choix de ces pays asiatiques est lié au double aspect de ces deux cultures : pays modernes ou en pleine modernisation, très ouverts à l’industrialisation et au phénomène de mondialisation-globalisation mais qui restent très attachés à leurs traditions et leurs croyances (à l’opposition de la Corée du Sud2 très influencée par le système américain et la chrétienté montante de ces dernières décennies). Qu’est ce qui a concrètement changé ? Quels éléments mondialisés ont été ajouté ? Quel futur pour les cultes aux esprits ? Il serait également intéressant de parler des cultes aux esprits modernes véhiculés par des nouvelles formes de religions et mouvements alternatifs, de produits artistiques mondiaux mettant en scène des cultes aux esprits, phii ou yôkai. Ainsi que l’acculturation d’individus des sociétés occidentales à des éléments religieux et à des croyances de leur choix, créant de ce fait, des religions personnelles et individualisées, paradoxalement à la montée du communautarisme religieux.

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Ce livre cherche à définir les transformations dans les cultures asiatiques dues à la mondialisation et à l’ultramodernité, cette post-modernité, devrait-on dire, caractérisée par une humanité sur-connectée ensemble par des intérêts communs (via les social media notamment) et caractéristique de l’anthropocène actuelle3. Des changements perceptibles dans plusieurs facettes de la culture asiatique (religion, rituels, pratiques, modes de pensées) dans le phénomène de mondialisation et la perception qu’en ont les individus. Les raisons qui m’ont poussée à réaliser ce travail sont nombreuses. D’une part, mon intérêt fort pour les cultures asiatiques m’a poussé à faire des études en anthropologie et en philosophie des religions et d’autre part, mes trois premiers voyages de terrain en Thaïlande (Bangkok, Chiang Mai, Chiang Dao, Ko Chang) m’ont incité à approfondir le sujet et à en apprendre davantage sur cette culture du monde au double visage, à la fois profondément bouddhique et animiste ainsi que mon voyage tant attendu au Japon en 2019, dans les villes de Osaka, Kyoto, Nara, Matsue, Izumo et Ashikaga. La Thaïlande est un pays d’Asie du Sud-Est qui possède de multiples facettes liées à l’évolution de son histoire et à la persistance de ses traditions. En effet, les formes de spiritualité qu’on retrouve en Thaïlande sont issues d’un animisme ancien qui, suite au contact avec la culture brahmano-bouddhique de la civilisation indienne, se sont transformées et ont été adaptées au bouddhisme theravâda afin de former le bouddhisme thaï d’aujourd’hui, une religion à double facettes. Très attachée à ses traditions et à la famille royale des Chakri, la Thaïlande est un pays qui dénote dans le paysage de l’aire asiatique : un pays n’ayant pas été colonisé par l’Europe, un pays en pleine croissance économique, et surtout un pays qui s’adapte plus facilement à la mondialisation que ses voisins. Mais aussi des pays qui critiquent de plus en plus la sur-consommation de masse, les Japonais de par leur style de vie minimaliste rendu célèbre partout dans le monde et les Thaïlandais en prônant un bouddhisme éclairé et des récoltes sans pesticides. Ces pays, source de rêves pour beaucoup d’Occidentaux, apparaissent de nos jours sous un aspect étonnant et multiple : nombreuses divinités de diverses spiritualités implantées sur leur sol, diversité de pratiques et rituels animistes, shinto, et bouddhiques, importance de la communauté bouddhique et de la famille royale, croyance en la prédestination et à la loi bouddhique, aux diverses notions liées au karma, qui assure une paix sociale face aux transformations rapides de la Thaïlande et qui font partie du patrimoine culturel du Japon. Donnons l’exemple de la Thaïlande mondialisée, les coutumes locales en l’honneur des génies tutélaires n’ont pas disparues et on retrouve, au contraire, des éléments mondialisés au sein du culte : cigarettes, sodas d’origine américaine donnés comme offrande. Ce fait s’explique par la transformation des générations précédentes, avec l’évolution d’une société thaïlandaise en pleine essor, qui vont consommer des biens d’origine étrangère et occidentale et qui, une fois qu’ils ont rejoint le san phra phum (la maison aux esprits), reçoivent des offrandes qu’ils appréciaient de leur vivant. Ou encore le nouveau commerce de l’immobilier hanté au pays du soleil levant. Nombreux à croire aux esprits, les Japonais évitent de vivre dans un logement où une malédiction d’un fantôme mort seul ou assassiné pourrait leur porter préjudice. Des millions d’habitations seraient alors vides à travers tout l’archipel. Des croyances encore bien présentes qui déterminent des pratiques, des mœurs et des habitudes de vie dans ces pays asiatiques. Le phénomène que l’on appelle aujourd’hui « mondialisation » se rapprocherait davantage d’une « mondialité » qui symbolise la présence saisissable actuellement des différentes parties du monde en lien les unes avec les autres grâce au phénomène de mondialisation passé et présent et à l’hyper-connectivité. Néanmoins ce phénomène de mondialité a apporté certaines conceptions du monde, un système économique, le capitalisme, maintenant mondial ainsi que la consommation de masse. Prenons l’exemple de l’industrialisation et de la vente de statuette du Bouddha en Thaïlande sous deux formes principales : le Lucky Buddha, représentant le Bouddha Siddhartha en position d’éveil, et le Happy Buddha, représentant le Bouddha chinois vivant dans l’opulence afin d’y atteindre le bonheur. Ces statuettes fabriquées en masse sont vendues aux Thaïlandais et aux touristes comme des grigris pour attirer la chance ou le bonheur. Or, selon la doctrine bouddhique, la chance ou le bonheur sont censés provenir du karma et des bonnes actions que l’individu va réaliser tout au long de sa vie. Rappelons également les amulettes contenant des cendres de bonzes réputés mises en vente, la médiatisation des bonzes comme faiseurs de miracles qui donnent l’exemple d’une commercialisation poussée et anti-doctrinale liée à l’adaptation du capitalisme au milieu thaï. Le tourisme de masse en Thaïlande a développé cette industrie du Bouddha puisque l’image du Bouddha semble à la mode dans nos sociétés mondialisées occidentales et asiatiques. Dans les pagodes, les bonzes vendent des statues à l’effigie du Bouddha et vendent divers porte-bonheurs (notamment des miniatures d’animaux en jade servants de bijoux téléphoniques), des fleurs pour les offrandes, des denrées alimentaires ou de l’encens. Il en est de même dans les sanctuaires shinto, comme le grand Fushimi Inari Taisha à Kyoto qui déborde de vente d’objets en forme de renard, kitsune, fidèles serviteurs de la déesse Inari (statuettes, cartes postales, colliers et autres porte-bonheurs en tout genre).

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Lors des festivités et rituels thaïs, des stands d’offrandes sont érigés devant ou à l’intérieur de l’enceinte du wat et dans certains cas, les offrandes sont payantes ; dans d’autres cas, les offrandes sont gratuites mais on trouvera alors des boîtes de donations sur le comptoir. Par la suite, cet argent va être distribué à la pagode et aux bonzes. Dans la société mondialisée d’aujourd’hui, soumise aux lois du marché économique, les sociétés thaïlandaise et japonaise montrent un attachement profond à leurs traditions. La modernisation en Thaïlande a commencé au milieu du XIXe siècle avec les rois de la dynastie Chakri et celle du Japon durant l’ère Meiji (de 1868 à 1912) avec la fin de leurs politiques d’isolement (sakoku). À l’inverse des prédictions sur l’uniformisation des cultures, les sociétés thaïlandaise et japonaise touchées par la mondialisation n’abandonne pas leurs traditions ni leurs croyances mais les adapte à une société plus moderne. Plus qu’une croyance, la culture bouddhique devient un business mondial incluant la vente d’objet, les transactions d’argent à l’intérieur de la société thaïlandaise. Cette dernière agit dans une optique marchande, opinion soutenue dans le cas des bonzes médiatiques et leur lot de fidèles. Il n’est pas étonnant non plus de voir des dieux de différentes cultures et d’autres effigies mondialement connues d’origine américaine telles que Mickey Mouse ou Donald Duck dans les pagodes. Bien que s’ouvrant davantage à la modernité et la mondialisation, la société thaïlandaise tient à préserver sa culture et ses particularités comme se fut le cas du Japon d’après-guerre. Les croyances thaïes, liées au bouddhisme et à l’animisme, en les esprits de la nature, de la maison, des ancêtres et une multitude d’esprits bienveillants ou malfaisants rendent les mythologies thaïe et nippone riches et complexes. La cosmogonie animiste et bouddhique, véhiculée depuis des siècles et transmise de générations en générations, légitime non seulement la place du roi sur son trône mais aussi le statut particulièrement respecté du bonze en Thaïlande, il en est de même pour l’empereur du Japon légitimé par le Kojiki, le texte sacré nippon. Dans ce monde mondialisé et hyper-connecté, la post-modernité et le capitalisme financier laissent-ils encore une place à la notion de terre sacrée où la nature est reliée au divin ? Quelle place pour les cultes aux esprits de la terre et de la nature ? L’étude des cosmogonies et des rituels de la culture thaïe et nippone tendent à répondre à cette question. Grâce à une étude approfondie des mythes et légendes de la cosmogonie de ces pays, nous pouvons entrer dans l’intimité de la pensée thaïe et japonaise et en apprendre davantage sur la perception du monde actuel et de la nature. La description détaillée de certains rituels et certaines festivités de ces cultures nous permettra, par la suite, de constater ce rapport aux esprits dans la vie quotidienne d’un.e Thaïlandais.e ou d’un.e Japonais.e. Dans un monde mondialisé, le rapport aux esprits s’est-il transformé ? Quels sont les impacts de la mondialisation sur le culte aux esprits? Ce livre cherche également à montrer les paradoxes qui se forment lors de la rencontre entre les traditions et les croyances thaïes et nippones avec la mondialisation et la modernité. Réciproquement, avec la mondialisation, la formation d’un tourisme de masse, l’avènement de l’Internet (et particulièrement les réseaux sociaux), l’immédiateté des informations (c’est-à-dire avec l’accès à d’autres modes de pensées, de connaissances et la possibilité de migrations des flux de populations), quels éléments issus de ces croyances asiatiques se sont exportés en Occident ? Et ce, par quels moyens de transmission et d’acclimatation ? Et comment ces éléments issus du bouddhisme/animisme se sont-ils transformés en vivant dans un climat occidental ? Des éléments de cette culture bouddhique/animiste sont-ils visibles dans certains éléments de la mondialisation ? Le premier chapitre de ce livre sera donc dédié à la compréhension du culte aux esprits et des relations sociales entre l’humanité et les esprits afin de définir au mieux les caractéristiques du sujet de cette étude. Cette partie cherchera à définir ce qu’est le culte aux esprits, et quelles relations découlent de ce système entre humain.e.s/esprits. Le deuxième chapitre s’attardera sur les mythes et les arts classiques qui les véhiculent en Asie, l’étude des cosmogonies et des pratiques rituelles des cultures étudiées permettront ainsi une meilleure contextualisation et compréhension du phénomène du culte aux esprits. Pour ensuite parler de la mondialisation de ces derniers via des médias divers et des œuvres artistiques culturelles mondiales, la dernière partie sera consacrée à l’étude des références mythiques, mythologiques et folkloriques et des médias qui les véhiculent à travers le monde. Ce troisième chapitre sera également l’occasion d’étudier les éléments culturels (que l’on peut retrouver dans les mythes, les pratiques, les croyances et les légendes) et leur transmission à travers le monde notamment via les médias (films, séries, livres, jeux vidéo, bande dessinées, Internet) qui sont d’importants supports de transmission de l’information à l’heure de la mondialisation ainsi qu’à leur industrialisation massive. Concrètement, ces deux dernières parties chercheront à faire un résumé succinct des quelques mythes et croyances de l’aire culturelle d’Asie de l’Est, leurs origines et leurs transformations au fil du temps jusqu’à en arriver au phénomène de mondialisation et la médiatisation d’éléments mythiques dans les œuvres artistiques à une échelle locale et mondiale.

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Si le sujet vous intéresse… vous trouverez cette étude de 2017 ici !
Ou ci-dessous :
Les fantômes de l’Asie sur nos écrans

1. Archive de l’INA
2. S’étant construite après le déchirement des deux Corée, la Corée du Sud s’est forgée une identité en opposition avec sa voisine, la Corée du Nord. Au communisme, elle répondra donc capitalisme libéral d’une puissance et d’une rapidité sans pareil. Un des pays d’Asie s’étant développé le plus rapidement et ayant adopté un mode de vie à l’occidental, faisant de ce pays, une nation possédant un syncrétisme culturel incroyable.
3. L’homme a mangé la Terre (documentaire de Jean-Robert Viallet, 2019).

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