Under The Shadow, entre les horreurs folkloriques et celles de la guerre…

Réalisé par Babak Anvari, Under The Shadow (2016) est un film d’horreur d’origine iranienne, britannique, jordanienne et qatari qui nous conte l’histoire d’une jeune femme, souhaitant devenir médecin, dans une société en guerre et dans laquelle les femmes n’ont que peu de place. Après avoir été recalée lors de son entretien, à cause de son implication politique lors de la révolution iranienne, elle rentre dépitée à la maison et apprend que son mari, médecin, va devoir partir aider les blessé.e.s d’une autre région. Elle se retrouvera alors seule avec sa fille dont la petite poupée ne tardera pas à disparaître mystérieusement. Une belle mise en scène d’éléments surnaturels du folklore musulman (les djinns) dans un contexte politique et social tendu qui met en avant un personnage féminin fort qui n’a pas d’autre choix que de rester maîtresse de la situation et de chercher des explications rationnelles et sécurisantes pour le bien-être de son enfant.

Ce protagoniste féminin est d’une qualité rare  : seule contre tous, elle ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas réaliser ses rêves, ou plutôt celui de sa propre mère, de devenir médecin. La guerre d’Iran-Irak (débutée en  1980), la religion et le patriarcat en place dans son pays lui apparaissent comme un bon nombre d’inégalités face auxquelles elle doit se battre. Athée, elle critiquera les commérages de ses voisines au sujet des djinns, qui font peur à sa petite fille. Elle se disputera avec son mari au sujet de sa carrière. Lui, qui est médecin et partira aider les victimes de la guerre, décrète que c’est son manque de compétences qui lui a valu d’être évincée lors de son entretien tandis qu’elle affirme que la pause qu’elle a dû faire dans ses études pour faire et élever leur enfant (alors que ce n’était pas son choix) lui a beaucoup coûté, ainsi que son implication politique dans une révolution culturelle face au Chah d’Iran qui a finalement abouti à une révolution islamique qu’elle n’a pas souhaitée. On la voit courir afin de se vêtir et de mettre le voile lorsque quelqu’un d’inconnu sonne à la porte, alors qu’elle est, en réalité, en tenue de fitness de ses émissions américaines qu’elle regarde discrètement. Son quotidien semble bien chargé, il faut veiller à ce que le magnétoscope avec des cassettes VHS de fitness et de dessins animés reste un secret familial, s’occuper de sa fille, aller chercher des rations, courir au sous-sol dès que l’alarme est donnée, aider les voisin.e.s qui voient en elle une aide médicale précieuse, attendre sagement le coup de fil de son mari afin de s’assurer que ce dernier est encore en vie. Lorsque la bombe tombe sur le toit de l’immeuble et semble prête à exploser, notre héroïne montera au dernier étage, malgré les supplications de sa fille et poussée par ses voisin.e.s, dans l’espoir de réanimer le père de l’un.e d’entre eux.elles. Une séquence incroyablement forte où le.la spectateur.trice est mis.e sous pression puisqu’on ignore d’où peut venir l’horreur. La bombe, un djinn qui pourrait soudainement apparaître, les voisin.e.s en colère, le toit qui s’effondre, tout dans la scène peut être l’objet d’une catastrophe ou d’une mauvaise surprise.

Tout se complique, encore d’un cran, lorsqu’elle se rend compte que des objets disparaissent mystérieusement. Des objets de valeur émotionnelle (la poupée, le livre de médecine de la grand-mère, la cassette vidéo de fitness) pour la mère et la fille. Leur voisine superstitieuse les met alors en garde : lorsque des objets disparaissent, ce sont les djinns qui les ont pris et qu’ils se sont liés à leurs propriétaires…

Under The Shadow est un film d’horreur à savourer pleinement. Une horreur folklorique mêlée aux horreurs de la guerre et de la répression. Durant tout le film, la pression est telle que l’on ignore si les djinns sont vraiment présents ou si notre héroïne souffre de syndromes de stress intense et d’hallucinations causés par sa situation difficilement supportable. D’autant plus que les objets disparus représentent les trois générations de femmes qui auront, au final, tout perdu : le livre de médecine et une émancipation financière difficile doublée d’une carrière brisée, la cassette de fitness et la liberté du corps, la poupée déchiquetée et une jeunesse détruite par les horreurs et la violence des bombardements. L’ombre des djinns ne serait-elle pas celle de l’obscurantisme ? Une œuvre compréhensible sous de nombreux aspects qui montre le talent de son réalisateur, Babak Anvari. En laissant le choix aux spectateur.trice.s, ce dernier appuie plus profondément son discours afin de nous permettre de vivre « à la place » de son héroïne pour comprendre plus viscéralement ces horreurs et l’angoisse qui en résulte.

À vous de décider en admirant la séquence finale !

Ce film est actuellement disponible sur Netflix !

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