Star Trek: Picard, une Fédération qui glisse lentement dans le déni – avis de l’épisode 2

Après la chronique sur le premier épisode de cette nouvelle série tant attendue qui donne (enfin) un aperçu du futur de l’univers de Star Trek, le bilan n’est pas très positif ! Non pour la série en elle-même, qui se montre innovante et dynamique, mais pour les valeurs prônées par la Fédération qui sont malheureusement bafouées à chaque seconde. Le seul petit espoir qu’il restait pour le futur de l’humanité a volé en éclats lors du visionnage de ce deuxième épisode de Star Trek: Picard

Reste bien notre bon Amiral Jean-Luc Picard qui n’en démord pas. Apparaissant comme à la fois téméraire, calme et plein de ressentiments envers une Fédération qui semble l’avoir trahi, il se jette encore une fois à corps perdu dans l’aventure. Son nouveau but : retrouver la fille du Commander Data (une synthétique créée de toutes pièces dans un but obscur), sauver la galaxie d’un complot romulien qui semble toucher de nombreuses sphères au pouvoir à Starfleet Command et, au passage, éviter des guerres interstellaires et ainsi des souffrances aux êtres vivants impliqués.

Une nouvelle jeunesse pour Patrick Stewart, qui interprète ici le seul personnage sensé et éthique. La gratitude, la bienveillance, le respect et la tolérance semble avoir disparu au profit d’une hiérarchie rigide, d’une médiatisation mensongère, d’une esclavagisation d’androïdes (qui ne semblent pas jouir des mêmes droits que les êtres biologiques de la Fédération) et d’une xénophobie envers les Romuliens et les êtres synthétiques (qui tend grandement vers le racisme).

De son côté, Soji Asher (interprétée par Isa Briones), synthétique sans le savoir, fabriquée d’après les particules qu’il restait de Data par le Docteur Maddox et travaillant du côté des Romuliens dans un ancien cube Borg (W.T.F en vrai) pose les bases d’une histoire riche en rebondissements !

On salue tout de même la surabondance de femmes au pouvoir au sein des diverses organisations représentées. Star Trek: Picard passe haut la main le test de bechdel, rien d’étonnant pour un univers qui, dans les années 1980, mettait déjà en scène des femmes fortes aux commandes (Capitaine Janeway de Star Trek: Voyager, le docteur Beverly Crusher dans Star Trek: Next Generation, et bien d’autres), des personnages de couleur (Capitaine Sisko dans Star Trek: Deep Space Nine, Commander Tuvok dans Star Trek: Voyager, etc.). Et tout en traitant de problèmes de société avec une grande maturité (la notion de specisme, la mise en évidence des conditions de vie des personnes LGBT, le concept du genre, le suicide assisté, et énormément de thématiques malheureusement toujours d’actualités à cause de certain.e.s traditionalistes dira-t-on), les séries Star Trek des années 1980 s’épanchaient toujours sur les solutions constructivistes les plus respectueuses et éthiques dans le but de satisfaire toutes les personnes concernées.

L’univers de Star Trek, qui semblait être une utopie futuriste profondément humaniste, anticapitaliste, et particulièrement en avance sur son temps, plonge maintenant la tête la première dans la critique sociale et les thématiques actuelles d’une société dans le déni. L’environnement reste le même : une galaxie sans cesse menacée par la guerre, la dictature, la cruauté et la violence (à une échelle galactique, faisant donc intervenir un bon nombre de cultures et de communautés différentes). Néanmoins, c’est dans le traitement de la série et dans la mise en scène de Star Trek: Picard que cet environnement apparaît beaucoup moins accueillant. Tandis que le.la spectateur.trice se retrouvait en émerveillement devant un système politique et social développé et juste – ainsi que des personnages réalisant des discours communicatifs, philosophiques et humanistes de qualité et une myriade de débats intelligents – dans sa préquelle Star Trek: Next Generation à bord de l’Enterprise du Capitaine Jean-Luc Picard, il se retrouve maintenant de l’autre côté de la barrière avec Star Trek: Picard. Ce retournement tient au fait que le personnage principal, Jean-Luc Picard, ne dispose plus d’aucun privilège. Retraité, isolé et affaibli, il n’a plus aucun pouvoir, plus de commandement, plus aucun vaisseau et plus d’équipage. Le respect qui allait de pair avec son statut semble avoir lui aussi volé en éclats aux yeux de sa société et de ses ancien.ne.s collègues de Starfleet Command. Une chance pour le.la spectateur.trice de comprendre les enjeux de l’image et du statut social qui déterminent la façon dont la société et les autres individus perçoivent un autre être vivant. Pour Jean-Luc Picard, ce même respect est donné à tout être vivant quel qu’il soit et provient d’un questionnement éthique et philosophique poussé, il se rend alors compte que la Fédération en oublie ses propres directives…

Encore une fois, la profonde gentillesse de Jean-Luc Picard surprend : il sait que s’il demandait à ses ancien.ne.s camarades de le rejoindre dans sa quête, ils ou elles le suivraient sans aucune hésitation mais il s’y refuse. Laisser vivre ses ami.e.s, prendre soin de leur bonheur, lui parait essentiel. Ce qui apparaît alors comme de l’arrogance du point de vue des dirigeant.e.s de Starfleet Command (à savoir oser demander un vaisseau et une petite équipe) n’est que le moyen le plus logique et le plus sûr qu’a Jean-Luc Picard pour sauver et protéger le plus d’êtres vivants possible.

Le problème réside sans doute dans le fait que Starfleet Command reste avant tout une organisation militaire qui, dans un monde profondément utopique, n’aurait plus de raison d’exister…

Au final, il s’agit peut-être d’une bonne remise en question de l’univers de Star Trek, davantage dynamique et thématique d’une civilisation qui nous correspond bien : tout va beaucoup plus vite de par la médiatisation de masse et on se rend de plus en plus compte que l’humanité est encore très loin d’avoir dépassé ses propres enjeux, ses propres contradictions et ses vilains défauts !

Star Trek: Picard est une utopie brisée en critique sociale qui n’est que le reflet de ce que l’on vit déjà mais qui fait, encore une fois, de Jean-Luc Picard, un exemple de tolérance, de courage et d’humanisme en ces heures sombres.

Un commentaire sur “Star Trek: Picard, une Fédération qui glisse lentement dans le déni – avis de l’épisode 2

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  1. Superbe chronique. Je ne pense pas que Star Trek soit une utopie parfaite, je pense que les évènements vécu par la Fédération a un peu changé leur point de vue. A mon avis, la rupture idéologique a dû se faire durant DS9 et la guerre du Dominion (Il y a eu des décisions très questionnables durant cette guerre). En fait, la Fédération a connu au moins deux gros ennemis: le Dominion et les Borgs. Je pense que c’est logique qu’un protectionnisme xénophobe s’installe surtout que les Romuliens ont toujours été très hostiles. Je pense que c’est une série qui deviendra plus positive par la suite et qui je l’espère continuera à traiter de thèmes actuels et sociologiques.

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