Le Féminisme dans The Witcher : Yennefer de Vengerberg

Encore une de ces longues complaintes de féministe assoiffée d’égalité ? Se demanderont certains. Mais si l’on veut que la place de la Femme dans la société change, et cette image doit changer, nos perceptions le doivent également. The Witcher (2019) est une série qui impose ses personnages féminins, féministes même, réalisée par une femme, Lauren Schmidt Hissrich, pour changer la donne.

Tandis que le jeu The Witcher insiste davantage sur la relation qu’établie Geralt de Riv, son héros masculin, avec les autres PNJ, son détachement émotionnel et ses exploits séducteurs, la série Original Netflix The Witcher se différencie, dans sa saison 1, par une mise en avant de ses personnages féminins forts. Le procédé est simple. Là où le jeu se concentre sur le point de vue de Geralt de Riv, trois arcs narratifs distincts se déroulant sur des temporalités différentes constituent l’originalité de la série : un premier qui se concentre sur l’histoire de Geralt de Riv, le personnage principal de l’univers du Sorceleur, et deux autres qui retracent la vie de deux femmes qui lui sont liés : Yennefer de Vengerberg ainsi que Cirilla dénomée Ciri, « sa fille du destin ».

Sorties de l’univers de la saga de livres the Witcher/Le sorceleur (Wiedźmin en polonais) initiée en 1990 par Andrzej Sapkowski, les protagonistes féminins de ce monde de dark fantasy passent haut la main le Test de Bechdel avec des dialogues entre personnages féminins poussés (et servant leurs intérêts propres) ainsi qu’une certaine indépendance par rapport à la trame du protagoniste masculin. Bien que Ciri et Geralt soient liés par le « droit de surprise », Yennefer de Vengerberg se montrera plus distante et désintéressée des préoccupations de ce dernier.

Dans l’univers de la série The Witcher, un grand nombre de femmes, de toutes origines, représente des personnages de toute sortes : guerrières comme c’est le cas des dryades mais aussi des femmes possédant un statut social élevé avec notamment la Reine Calanthe (véritable guerrière lionne, cherchant à défendre sa famille et son peuple) et sa petite fille, la princesse Cirilla de Cintra.

Le rôle de mages étant de conseiller les puissants de ce monde, de leur prêter une oreille attentive puis de les orienter vers des choix les plus judicieux représente un statut de pouvoir d’une grande rareté. Postes occupés aussi bien par des hommes que par des femmes, on comptera également plusieurs personnages féminins centraux : la grande Mage Tissaia de Vries (la professeure de magie de l’académie), la discrète Triss et Yennefer de Vengerberg, une jeune fille difforme, possédant du sang d’elfe, achetée par sa future tutrice à son père pour quelques pièces d’or.

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Il y a une espèce de dualité exacerbée dans la nouvelle image que la Femme tente de se reconstruire : l’image-objet du corps féminin dans une société de consommation et d’image est une source de mécontentement pour un bon nombre de femmes. Le fait étant, certainement, que cette image s’est développée par rapport à une industrie, des techniques marketing impulsant des publicités dans lesquelles les genres sont soumis à de nombreux clichés et stéréotypes. Néanmoins, le droit de disposer de son corps entièrement et de l’exposer comme on le souhaite est un combat de chaque instant qui découle d’une volonté d’émancipation de plus en plus fort. Là où Yennefer de Vengerberg sort des sentiers battus, même aux côtés de personnages féminins aussi répandues et puissants que la Reine Calanthe ou la grande mage Tissaia de Vries, c’est qu’elle agit en fonction de ses propres intérêts sans se soucier des réactions et des pensées des autres. Cela va de sa professeure, au roi qu’elle sert en passant par le maire d’une petite bourgade ainsi que son ancien amour et les hommes avec qui elle établit des liens plus étroits. Elle est déterminée dès le début : « I WANT EVERYTHING ! » hurle-t-elle. Cette sorcière, ayant sacrifié son droit à la maternité pour obtenir beauté, richesse et pouvoir, compte prendre sa revanche sur le destin. Elle a bien conscience que, malheureusement, être un objet de désir, une « femme-objet » l’aidera à atteindre son objectif et à se faire écouter et respecter dans son rôle de mage conseillère d’un roi frivole. L’échange équivalent dont Yennefer fait preuve en donnant son utérus pour obtenir une extrême beauté n’est pas sans rappeler le rejet de l’idée que la femme est là pour donner naissance, que c’est là son rôle : être une mère. Malgré une opération extrêmement douloureuse, Yennefer demandera à être transformée sans anesthésiant puisqu’elle veut « tout et tout de suite » et qu’elle a bien conscience que dans la vie, on n’obtient rien sans rien et que tout choix amène son lot de souffrances. Néanmoins, si Yennefer offre une partie d’elle-même pour obtenir ce qu’elle souhaite, elle cherchera rapidement à retrouver ce choix perdu qu’on lui a définitivement arraché en partant dans une quête à la recherche d’un remède, d’une solution à ce problème. Comme pour prouver au Monde qu’elle aussi peut tout avoir. Rôle habituellement typiquement masculin, cette « mage badasse » ne s’arrête pas là… Dans un monde parfait, où les humain.e.s se respecteraient et seraient doué.e.s d’empathie, la notion de consentement serait aisément perceptible. La personnalité et la volonté d’une femme ne serait pas interprétée en fonction de sa tenue et/ou de sa gestuelle ou de ses choix jugés « marginaux ». Voilà, le cœur du problème : cette capacité naturelle qu’à l’être humain à juger un individu, de prime abord, avec ses codes et ses catégories (via sa « propre taxinomie » scientifique) et dépendants exclusivement des normes que lui ont imposé sa culture, son pays, sa famille puis le cercle dans lequel il va séjourner. The Witcher nous montre une Yennefer souhaitant qu’aucune des possibilités que la vie peut lui offrir ne lui soit ôtée. Elle ne cherchera pas à soutenir les intérêts d’autrui, ni ceux de la Confrérie, ni ceux d’une couronne quelconque, et encore moins ceux d’un homme. Entièrement indépendante d’un système qu’on a cherché à lui imposer, elle jouit d’une liberté et d’une détermination rares pour un personnage féminin. Les sentiments qu’elle éprouve pour Geralt de Riv se transforment vite en rébellion lorsqu’elle pense avoir été envoûtée par le vœu d’un djinn. Véritable trahison pour Yennefer qui cherche alors, par-dessus tout, à être maîtresse de sa propre vie.

Pour changer les perceptions de la Femme, n’est-ce pas plus simple de transformer drastiquement les images du féminin renvoyées par nos diverses sociétés ? Et quoi de plus simple et plus fort que le domaine de la culture et de l’art pour influencer petit à petit un plus grand nombre ? Seule contre le monde, Yennefer de Vengerberg ne flanche pas et trace son propre chemin hors des sentiers normatifs qu’on cherche à lui imposer. Rongée par le Chaos, elle arrive néanmoins à le contenir en dominant sa phobie de l’échec. Sa seule peur étant de perdre le contrôle que ce soit dans son utilisation de la magie mais aussi sur sa vie, ses émotions, et sa propre intégrité. Yennefer de Vengerberg apparaît alors comme une icône féministe dans un monde médiéval fantastique peuplé de rois « qui pensent davantage à leurs queues et à leurs petits profits qu’au bien-être de leur peuple », d’une Confrérie de mages recherchant une unité de croyances et représentant un système traditionaliste et hiérarchisé et d’autres joyeusetés imputables au genre de la dark fantasy telles que des goules affamées, des malédictions injustes et des conquêtes sanglantes.

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