Chambers, l’angoisse au féminin

Réalisé par Leah Rachel, Chambers est une série américaine d’horreur fantastique sortie sur Netflix en 2019. Avec un beau casting composé entre autres de Sivan Alyra Rose et Uma Thurman, cette série dépeint les angoisses ressenties par des protagonistes féminins forts unies les unes aux autres par une compassion puissante, un intérêt malsain et des souffrances passées. Leur but reste le même : s’en sortir et reprendre leur vie en mains.

L’histoire prend vie dans le quotidien d’une jeune amérindienne du nom de Sasha. Après avoir survécu de justesse à une crise cardiaque grâce à une greffe de cœur compatible, Sasha est contactée par la famille de la jeune Becky Lelevre à qui elle doit ce nouveau cœur. L’héroïne subit alors d’étranges visions et, commençant à ressentir des émotions jusqu’alors inconnues, elle cherchera peu à peu à en savoir davantage sur les circonstances mystérieuses qui entourent la mort de Becky. Plus elle se rapprochera de la vérité, plus Sasha prendra les caractéristiques physiques et la personnalité de la défunte de façon sinistre et angoissante.

Durant presque toute la saison, le spectateur ignore si le surnaturel est réellement présent ou si Sasha sombre peu à peu dans la folie à cause de l’impact de la famille de Becky dans sa vie et le désespoir profond dans lequel la mort de leur fille prodige l’a plongé. Vivant maintenant grâce au cœur de Becky, Sasha héritera également de sa voiture, ses habits, sa place dans un prestigieux lycée dirigé par un groupuscule étrange, ses anciens amis et même sa chambre (la maison de Becky étant plus proche du lycée que la réserve amérindienne qui représente, pourtant, toute la vie de Sasha) mais aussi d’émotions incompréhensibles, angoissantes et sinistres. Elle s’éloignera alors lentement, insidieusement, de ses « origines » jusqu’à devenir l’ombre de Becky.

Uma Thurman interprète, à la perfection, le rôle de Nancy Lefevre, une mère dépressive suite à la perte soudaine de son enfant. Perdue et inconsolable, elle trouvera en Sasha le moyen de faire revivre sa fille. Une relation tordue s’établira rapidement entre Sasha et les parents de la défunte ainsi qu’avec Elliott, le frère jumeau de Becky, qui étouffera la jeune amérindienne allant jusqu’à écraser son identité propre.

Dans Chambers, on trouve une certaine inversion des rôles et des clichés culturels : un jumeau hypersensible et perdu, un père porté sur la spiritualité, doux et calme qui a tendance à enfouir ses émotions, une mère désespérée mais forte préférant fuir son mal-être en faisant du sport. Notre héroïne d’origine amérindienne, indépendante, ayant été élevée par son oncle seul et ne possédant aucun souvenir de ses propres parents, peu au fait de sa propre culture et de ses traditions, entre en opposition avec cette famille américaine aisée et clichée, tombée dans un mysticisme new age sectaire.

Une grande maison américaine stérile, presque inquiétante, contraste avec la réserve d’amérindiens, pauvre mais vivante. Le tout dans une région désertique de l’Arizona avec ses tempêtes de sable rougeoyantes. Une atmosphère unique se dégage de l’œuvre, une ambiance quasiment irréelle. Une intrigue qui s’impose davantage par l’image que par le scénario notamment grâce à des plans d’une grande lenteur. Aucun jump scare en perspective pour cette série mais une tension sans fin, un profond désespoir, couplé d’un ensemble de relations malsaines entre les protagonistes.

Chambers est une œuvre curieuse et originale, lente pour certains, mais digne d’un thriller surnaturel de qualité. Un drama psychologique et social, possédant un background surnaturel, dans un contexte culturel mixte et thématique sur la place des amérindiens dans la société américaine d’aujourd’hui.

La touche finale de la série est d’autant plus surprenante et puissante qu’elle a trait à la condition de la Femme et de la liberté pour celle-ci d’être ce qu’elle veut. Que malgré les pressions de « ce qu’on attend d’elle », ou même de « ce que le destin lui réserve », elle reste libre de créer son identité pour peu qu’elle soit assez forte pour la (re)construire…

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