Le thème de l’enfance dans le cinéma de Guillermo Del Toro

Cette thématique est omniprésente dans la filmographie du réalisateur mexicain. Dès son premier long métrage, Cronos, le personnage de l’enfant joue un rôle important. Dans ce film, il s’agit d’une petite fille élevée par son grand-père antiquaire. Celui-ci va développer une dépendance physique à un petit objet en forme de scarabée qui vient s’attacher à son corps. Cet objet, œuvre d’un alchimiste, est convoité par un riche homme d’affaires mourant. Même si le personnage de la petite fille est un personnage passif, c’est à travers ses yeux que Del Toro nous raconte cette histoire. Dans L’Échine du diable ou encore Le Labyrinthe de Pan, les enfants sont là, bel et bien les protagonistes des histoires tandis que le personnage de Hellboy dans le film éponyme et sa suite1, adopte un comportement enfantin/adolescent alors que dans Blade 2, Crimson Peak, ou encore Pacific Rim, l’enfance représente un traumatisme ou un point de départ pour les personnages principaux et même pour leurs antagonistes2. C’est là que vont se jouer, de manières positives ou négatives, les destins des personnages une fois devenus adultes. Ainsi, les traumatismes liés à la mort de la mère d’Edith Cushing (Crimson Peak) et la perte de la capacité à parler d’Elisa Esposito, bébé, portant des cicatrices au cou et « semblant témoigner de violences exercées sur son larynx »3 (La Forme de l’eau) vont donner à ces deux protagonistes la capacité de voir et de comprendre le monde fantastique. Edith Cushing peut entendre les mises en garde de sa mère décédée et Elisa Esposito parvient à communiquer avec la créature amphibienne sans utiliser la parole.

Dans les films de Del Toro, les enfants sont souvent les premières victimes de la méchanceté des adultes et du monde4, si ce n’est, les victimes d’un « mal » naturel5 ou surnaturel6. Ce sont des personnages positifs, mais dont l’innocence est mise à mal par la cruauté qui les entoure. C’est à travers leurs yeux que Guillermo Del Toro nous montre la réalité de notre monde, un monde, celui des adultes, souvent sans pitié pour les plus faibles, ici, représentés par les enfants et qui ne trouvent leur salut que par eux-mêmes alors que les adultes échouent à les protéger ou encore pire en sont la source du « mal »7.

Chez Guillermo Del Toro, les mondes de l’enfance et du fantastique/imaginaire sont ainsi intimement liés, s’opposant au monde matérialiste des adultes8, et caractérisés par une certaine forme d’innocence même si la cruauté n’y est pas forcément absente9, en tout cas c’est dans le monde fantastique que les enfants trouvent refuge et protections10. Cependant, malgré toutes les violences et les cruautés que les protagonistes enfants subissent, les enfants finissent par l’emporter, leur regard plein d’imaginaire reste un regard optimiste et renvoie avant tout au regard du spectateur. En effet, pour que le monde puisse être changé et que le cinéma puisse exister, il faut que le spectateur/être humain/citoyen soit nécessairement habité par cet œil d’enfant, ce regard optimiste, cette innocence-naïveté pour croire le temps du film que ce que l’auteur nous raconte, nous montre est la vérité : que le fantôme d’un petit garçon vient pour se venger de son bourreau, que les méchants sont défaits à la fin, que l’amour entre deux êtres différents est possible, que le sang innocent d’une fillette puisse ouvrir les portes d’un monde féerique.

1. Hellboy et Hellboy 2 les légions d’or maudites. Bien que le personnage de Hellboy se comporte plus comme un adolescent que comme un enfant, la relation filiale entre Hellboy et son père adoptif, le professeur Trevor Broom, est très forte.

2. La mère de Blade, mordue par des vampires alors qu’elle était enceinte, l’amour incestueux de Thomas et Lucille découvert par leur mère assassiné par Lucille ou encore, la petite Mako Mori devenue orpheline suite à une attaque de Kaiju et adopté par le Marshall Stacker Pentecost.

3. Phrase forte sympathique trouvée sur Wiképédia.

4. Voir L’Échine du diable ou encore Le Labyrinthe de Pan dans lesquels les enfants sont les victimes innocentes de la guerre civile espagnole et du régime franquiste.

5. L’épidémie du début du film Mimic qui touche uniquement les enfants.

6. Les vampires dans Blade ou encore les nombreux « méchants » dans Hellboy et sa suite.

7. Le cruel capitaine de l’armée franquiste dans Le Labyrinthe de Pan ou encore le « «remède » mis au point par le personnage interprété par l’actrice Mira Sorvino, la scientifique Susan Tyler qui est à l’origine de la mutation des insectes en tueurs dans Mimic.

8. L’obsession pour le scarabée en or de l’homme d’affaires dans Cronos et l’avidité du cruel Jacinto, l’homme à tout faire qui veut mettre la main sur l’or de la cause républicaine.

9. L’hostilité des camarades de classe du jeune Carlos dans L’Échine du diable ou encore l’injonction faite à Ofelia par le faune de sacrifier son petit frère pour ouvrir le portail du monde souterrain.

10. Voir le début de Mama, film réalisé par Andres Muschietti et produit par Del Toro. Un père emmène ses enfants dans une forêt et prévoit de tuer ses deux petites filles avant de se suicider. Les enfants seront sauvés par une créature mystérieuse qui les protégera pendant cinq ans avant d’être retrouvées par une équipe de sauvetage.

Article by Jean Charpentier.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :